16 avril 2008
Note à l'attention de mes lecteurs
Je reçois ce matin le courriel suivant :
"Commentaire :
Bonsoir, parlez-nous un peu de la compagnie air france et son mode recrutement surtout au niveau ehthenik vous devez etre bien situez pour nous en faire part cher ami et comment faites vous pour éviter les vicieux votre aide me sera d'une très grande et précieuse valeur."
Petite précision : à aucun moment je ne ferai de commentaires sur l'entreprise pour laquelle je travaille. Je m'y suis engagée d'une part et je m'épanouis grandement au seind de celle-ci. J'ai certes dénoncé dans d'autres messages ("Harcelée") le comportement de certains de mes collègues mais en ne mettant jamais en cause mon entreprise en tant que telle.
Par ailleurs, l'entreprise pour laquelle je travaille ne me met pas dans la confidentialité de son "mode de recrutement" puisqu'à mon niveau -Personnel Navigant Commercial- je ne suis pas amenée à faire du recrutement mais exclusivement assurer la sécurité et la sûreté des passagers ainsi qu'un rôle commercial (tel qu'il est défini par le profil du poste par la compagnie) lors des missions de vol qui me sont confiées par ladite compagnie. Quant aux vicieux, ils sont partout. De plus, mon âge et mon expérience me permettent de les remettre à leur place.
Enfin, "ehthenik" s'écrit ETHNIQUE, "vous devez être bien situez" s'écrit "VOUS DEVEZ ETRE BIEN SITUEE" (pour ma part, j'aurais choisi "PLACEE") et enfin, "cher ami" serait dans mon cas "CHERE AMIE".
Je n'ai pas l'honneur de vous connaître "sunshine_1", mais je pressens comme une certaine provocation dans votre message à laquelle je ne m'abaisserai pas à répondre.
A bon entendeur.
01 avril 2008
Ma carrière professionnelle
On ne peut pas dire que ma vie professionnelle aie commencée sur des chapeaux de roue, et avec grand succès. Forte d'un Bac littéraire obtenu "avec mention", s'il vous plaît, j'aurais souhaité poursuivre mes études ; mais, mes tuteurs m'ayant mise à la porte après mon émancipation, il m'a bien vite fallu trouver du travail pour assurer mon quotidien, payer le loyer de mon petit studio à Orsay (91) tout d'abord avant de devenir propriétaire de la propriété de mes défunts parents à 21 (l'âge légal de la majorité pour un enfant étant encore 21 ans et non 18). J'ai connu la précarité, des fins de mois difficiles à boucler, et des pâtes, j'en ai mangée !! A cette époque, je voulais travailler dans le milieu de la mode, ce qui semblait tout à fait me convenir étant donnée mon androgynie et le côté très efféminé que j'affichais à l'époque. Beaucoup de portes se sont fermées devant moi, celles de l'ANPE tout d'abord : "que voulez-vous que l'on fasse de vous ?" m'a un jour répondu un chargé d'accueil. Ou encore : "monsieur, soyons sérieux, il n'y a pas de place pour vous ici"...
J'ai connu le T.U.C. (Travail d'Utilité Collective), le Contrat Emploi Formation (qui n'a abouti sur rien, sinon les Prud'Hommes) etc...
Lorsque j'étais enfant, mes tuteurs et moi habitions à Bures-sur-Yvette (91) et les avions de la compagnie Air Inter débutaient leur descente vers l'aéroport d'Orly au dessus de notre maison. Cela me fascinait ! J'avais sans doute la sensation de pouvoir echapper à la tristesse et la pauvreté de mon quotidien en regardant ces grands oiseaux planer dans les airs. Je devais avoir une dizaine d'années. Mais bon, ma passion pour l'aviation m'est venue bien plus tard, et c'est en rencontrant Marc, avec qui j'ai vécu de longues années, et qui travaillait justement à Air Inter, que je me suis "lancée dans la carrière". J'ai obtenu mon diplôme début 1993 : le C.S.S. (Certificat de Sécutité et de Sauvetage) nécessaire à la fonction de PNC (Personnel Navigant Commercial). J'ai été recalée une première fois par une inspectrice d'Air Inter justement. Elle n'aimait pas les stewards "au poignet cassé", jolie manière de dire d'un garçon qu'il est effeminé ! Mais tout de même, la fois suivante, j'ai obtenu ce diplôme de l'Aviation Civile Française. Le plus difficile fût sans nul doute de trouver un travail. J'ai commencé à la T.A.T. (Transport Air Tourraine), mais mon contrat ne fût pas renouvelé à l'issue de ma période d'éssai (poignet trop cassé ?) alors j'ai passé toutes les sélections possibles à l'époque : United Airlines, Air Inter, Air France, AOM, Air Liberté. Je n'ai été prise nulle part (ah, ce poignet cassé !). Finallement, j'ai aterri à Bruxelles, dans une compagnie charter de seconde catégorie, E.B.A. (Euro Belgium Airlines) pour un contrat d'un mois qui finallement a duré trois ans. Trois années d'incertitude, de contrat reconduit de mois en mois, en fonction de la chef hôtesse : plaît/plaît pas. L'Afrique, les safaris au Kenya : le rêve, mais des conditions de travail TRES difficiles et précaires donc. En 1995, Air Charter, filiale d'Air France et d'Air Inter sélectionnent des hôtesses et stewards pour un nouveau produit "charter" au sein de leur groupe. Je suis sélectionnée. Quel miracle, un CDI, oui, tout de suite ; 6 mois de période d'éssai. Aïe, le chef ne m'aime pas, "mon poignet est vraiment trop cassé"... Finallement, ce sera lui qui sera remercié et remplacé par une femme charmante, intelligente, sans préjugés qui m'élevera dans ma fonction et me donnera la chance de poursuivre à l'issue de ma période d'essai. Me voici donc dans la place : je peux enfin prendre des crédits, penser à l'avenir, me "poser" un peu. Je vole sur la flotte des Airbus 320 et 300. Dakar, Dubaï, Le Caire, je vois du pays et surtout j'apprends mon métier au point d'être choisie afin de faire partie de l'équipe des "vols spéciaux". C'est quoi ? Bien ce sont des vols affrêtés par de grandes entreprises pour des manifestations. La dame qui gère ce groupe est la même qui m'a recrutée : HBC (ce sont ses initiales, si elle me lit, elle me reconnaîtra). Je lui dois BEAUCOUP.
Avec elle, je fais des choses magnifiques, pour les plus grandes entreprises françaises (je ne peux pas vous en dire plus). Hélàs, en 1998, Air France, Air Inter et Air Charter fusionnent. La flotte retourne à Air France, et les derniers affrètements sont honorés via la flotte de la compagnie irlandaise Transaer (oui, rien que le nom !). J'avais déjà commencé ma transformation. Quelques aller-retour sur Los Angeles pour mon visage, un peu d'argent de côté et aïe, Air Charter disparaît. Qu'allais-je devenir ? Mon avenir me semblait compromis et mes projets avec donc ! Nous avons donc nous aussi fusionné et j'ai été intégré au sein de notre compagnie nationale. La suite, vous la connaissez. J'ai été intégrée sur le réseau domestique (anciennement Air Inter) que j'ai quitté en 2006. Après 18 mois d'arrêt de travail suite à mon agression (voir "Aller plus haut"), j'ai repris le travail sur les lignes européennes. J'ai retrouvé ma "bonne fée" d'Air Charter et je découvre maintenant les capitales européennes.
14 mars 2008
What's now my life ?
Ce titre m'a été inspiré de la magnifique chanson interprétée par Shirley Bassey : "This is my life". Pour les anglophones romantiques, si vous avez écouté attentivement les paroles de la chanson, vous me comprendrez.
Je viens de fêter mes 42 ans la semaine dernière, entourée de mes amis/ies les plus chers/ères. 42 ans... ça fait quelques chose. 7 années se sont écoulées depuis ma chirurgie de ma réassignation sexuelle ; 7 années d'une nouvelle vie, 42 années d'une vie, c'est peu et long à la fois. Lorsque l'on regarde derrière soi, on se dit "oups"... Ma meilleure amie m'a dit que pour sa part elle ne savait compter que jusque 35 (clin d'oeil !). J'y retournerai bien à mes 35 ans !
L'album photo "Ma vie à Paris" vous aidera à "visualiser" ce qu'a été ma vie, de 1986 à fin 2005, date à laquelle j'ai quitté Paris. Pourquoi la "parisienne" que je suis a quitté la capitale ? Pour deux raisons : la première, par amour parce qu'après une longue errance et de nombreuses erreurs -de jeunesse ?- j'ai, je le pense, rencontré le compagnon avec lequel je souhaite vieillir ; la seconde parce qu'en grande banlieue, sur la D934, dans mon petit village rural de 2700 âmes, j'ai trouvé une qualité de vie qui me faisait défaut à Paris. De l'espace d'une part, de l'air, pur, et... des champs, des bois, la Marne, le Morin qui traverse mon village, le chant des oiseaux et le calme ! Quitter Paris, mon 35m2 dans un ancien hôtel particulier ( "Hôtel de Mandeville"), sis 16 rue Chapon dans le IIIè arrondissement pour une grande maison d'architecte spacieuse avec l'homme que j'aime. Je dois avouer que j'ai réfléchi, il m'a fallu six mois. Puis j'ai sauté le pas. J'ai repris la conduite après 22 ans sans voiture, cause métro, bus et taxis. Le premier hier je dois l'avouer fût difficile. Il fait froid en grande banlieue, et le matin, il faut gratter le pare-brise, mais quel confort de vie ! Pas de voisin qui écoute de la musique à tue-tête après 22h00, pas de courses folles dans les parties communes, et pas d'imprimerie au rez-de-chaussée (le cauchemar de mon dernier appartement). Je roule en Smart et, contrairement à ce que vous pourriez penser, c'est TRES confortable et amusant aussi de voir la tête des gens lorsque je déploie mes 180 cm pour m'extraire de ma Smart. D'ailleurs, lorsque j'ai repris la conduite, mon véhicule ne pouvait être que celui-ci !
J'ai cependant vécu des moments extraordinaires à Paris. L'appartement que j'ai préféré ? Le premier, rue Tiquetonne. Un studio dans une courette intérieure fleurie et des voisins -gays pour la plupart- adorables. Puis la rue Montorgueil était toute proche, le plaisir d'y faire les courses, et des rencontres aussi. Nous étions à la fin des années 80, j'étais jeune et belle, gourmande d'une vie de liberté que mes tuteurs m'avaient interdite pendant trop longtemps. C'était la période "Palace", le Gay-Tea-Dance du dimanche que je n'aurais manqué sous aucun prétexte : il m'arrivait de me faire porter pâle pour m'y rendre... C'est une période de ma vie magique, extraordinaire. J'y ai rencontré des personnes exceptionnelles, un peu déjantées parfois, mais ma vie était faite de paillettes et de danse ; de soirées au Privilège qui se terminaient au petit matin par une soupe de poisson "Au pied de cochon" dans les Halles. Quartier à la mode, avec le Café Costes, les boutiques chicissimes du Forum et l'émergence du Marais. Oui je l'avoue, je suis nostalgique de cette époque parce que les gens savaient encore s'amuser, il y avait une vraie vie nocturne à Paris, et tant d'endroits pour sortir. J'ai quitté la rue Tiquetonne pour le quartier des Halles afin de m'agrandir : un joli 2 pièces au dernier étage (sans ascenseur) d'un immeuble sans cachet aucun. Un appartement par palier, des copropriétaires qui ne payaient pas leurs charges, un sexe-shop au rez-de-chaussée (nous étions rue Saint Denis, une boulangerie aurait fait tâche dans cet environnement !). J'ai vécu dans cet appartement jusque 2003. J'y ai écrit "Carnet de Bord", vécu des moments merveilleux avec mon ami d'alors, Marc qui m'a quittée après ma réassignation sexuelle. J'ai fort mal vécu cette séparation. Le quartier des halles était devenu un enfer, je m'étais faite attaquer deux fois à l'arme blanche en rentrant chez moi après 22h00, dont un soir en rentrant de l'Opéra Garnier, en robe du soir et talons. Un groupe de jeunes voulait me voler mon sac-à-main. C'est là que j'ai appris à courir en talons.
Le 72 de la rue Saint Denis était fort de la présence de Bruno. J'ai senti comme un malaise et je suis partie dans le Marais. Je pense que j'y ai eu mon plus bel appartement. Un joli 2 pièces. Bon, j'ai acheté un "espace" qui n'avait pas été habité depuis 25 ans (une succession qualifiée de "difficile") et j'en ai fait un vrai bijou, vraiment. C'était un bel immeuble "bourgeois", avec un ascenseur, de jolies parties communes, des voisins détestables certes, mais quelle belle adresse. A 20 mètres du Centre Beaubourg, dans un quartier riche en histoire. Quelle magie, de lieux et de noms aussi : la Sévigné, l'Hôtel Salé, la rue des Francs-Bourgeois. Un émerveillement quotidien chaque fois que je sortais de mon immeuble. Puis j'ai rencontré celui avec lequel je pensais faire un bout de chemin. La rue Rambuteau étant trop petite pour un couple avec chat, après 2 ans de vie commune, nous avons décidé de mettre nos biens en commun. GROSSIERE ERREUR ! Lorsqu'il m'a demandée en mariage, six mois après notre rencontre, à Santa Monica (Californie), j'ai refusé. C'était trop tôt. Finalement, après nous être installés rue Chapon, dans ce que nous pensions être un endroit magique (un loft de 70m2) avec chambre en mezzanine, cheminée, cuisine américaine, poutres, carrelage d'époque (XVIIIè siècle) je suis revenue sur ma décision. Nous devions nous marier en juin : il m'a quittée 21 jours avant notre union. Seule et désemparée. Il a fallu revendre notre bien qui a été séparé en deux, ce qui fait que je me suis retrouvée dans un studio avec pour plus proche voisin mon ex-futur mari ! L'horreur. Pis encore, le rez-de-chaussée des dépendances de cet ancien hôtel particulier, était occupé par une imprimerie. L'activité commençait le matin à... très tôt ! par la livraison du papier, puis les employés arrivaient de manière peu discrète, les portes qui claquaient. Quoique l'endroit fût beau, je pense que je l'ai vite détesté à cause de mon mariage "avorté". J'ai "vivoté" dans mon duplex de 35m2, avec mon fidèle compagnon, Vicomte (mon chat norvégien) qui, tout comme moi, étouffait dans cet environnement. Je suis beaucoup sortie, j'ai rencontré une foule de personnes ; bref, je me suis étourdie afin d'oublier la platitude de ma vie, ma solitude et l'affront auquel je venais de faire face.
Puis un jour, j'ai reçu un mail (ce serait très long à vous expliquer). Le monsieur, jeune quadra fraîchement divorcé et papa de deux petits garçons m'a envoyé un petit message. Pour résumer, il me disait qu'il m'avait vue à la télévision et qu'il me voyait comme la femme avec laquelle il aimerait partager sa vie. Dans le même temps, je m'étais inscrite sur Meetic -sans commentaires- et le peu de messieurs que j'avais rencontrés ne m'avaient pas donnée envie de poursuivre ma recherche. J'ai cependant accepté de rencontrer Fabien (c'est son prénom). Après six mois de dîners, de sorties, de rencontres, de confidences, il me présentait ses deux petits diables et là, quelle émotion ! Quatre yeux qui me contemplent, et des questions qui fusent. Je devenais marâtre (selon mon amie Hélène Hazera, ce mot est mal interprété. C'est le terme exacte qui définit ce que l'on appelle plus communément "belle-mère") de deux petits garçons de 5 et 7 ans. Et là ma vie a basculée. Oh, ce serait vous mentir de dire que cette nouvelle vie fût facile, que me faire accepter des deux petits hommes a été une tâche aisée. Et puis il y avait leur "mère biologique" : et là, niveau relationnel, c'est un fiasco, croyez-moi !
Mais aujourd'hui dans mon petit village sur la D934, avec Fabien, les garçons, nos 4 chats (dont Vicomte qui ne m'a jamais abandonnée, lui) je pense avoir trouvé mon équilibre. Je suis sereine et confiante pour l'avenir. Vieillir, non, cela ne m'effraie pas.
Puis, en vieillissant justement, après un parcours de vie comme le mien, on apprend à relativiser certaines choses de la vie qui, pour d'autres, semblent insurmontables. Comme je les plains ! Je souhaiterais dire aux femmes "de mon genre" qu'une telle vie est possible, que le bonheur, nous y avons droit, comme toutes les autres - et peut-être plus encore.
Comme le dit Fabien, "tu es le fantasme de millions d'hommes, mais la femme d'un seul homme" : lui.
12 février 2008
L'interview de Sandra
J'ai été contactée par une charmante jeune personne qui m'a proposée une interview. Je me suis prêtée au jeu, voici ce qu'il en ressort.
Q: Bonjour Andréa, tout d'abord merci d'avoir accepté cette rencontre "virtuelle" pour un petit entretien où nous parlerons un peu de vous, de votre vie et votre évolution vers la féminité.
R: je suis toujours là quand il faut parler de notre communauté, la défendre, remettre les choses à leur place si je pense que ce que l’on en a dit ne l’est pas.
Q: Andréa, pourriez-vous nous parler un peu de vous, dans les grandes lignes : Qui êtes-vous au jour d'aujourd'hui ? Quel âge avez-vous ? Et que faites vous dans la vie actuellement ?
R: ah, ce n’est pas gentil de me demander mon âge… 42 ans. Je suis la même qu’en 2001, date de mon opération de réassignation sexuelle, mais en plus mûre je pense, plus réfléchie. Je suis toujours hôtesse de l’air, avec quelques heures de vol en plus et j’aime toujours autant mon métier.
Q: Est-ce que vous vous souvenez vers quel âge vous avez réalisé que vous vous sentiez femme intérieurement, ou, ce besoin de devenir femme ? Si oui, pouvez-vous nous en parler un peu (le ressentir, le besoin de s'habiller en fille, avec quels vêtements le faisiez-vous etc) ?
R: j’étais enfant ; à la maternelle je pense me souvenir vouloir être admise parmi « les filles » ; j’aimais les comptines, les poupées des autres petites filles, et on me prêtait souvent un « amoureux ». Je ne me suis jamais « habillée en fille », même bien plus tard, ce fût un dilemme énorme pour le psychiatre qui m’a suivie durant le protocole, je n’en ressentais pas le besoin puisque j’étais « moi ».
Q: Cette double vie, la femme en vous, l'avez vous gardée secrète longtemps ou en avez-vous parlé rapidement à votre entourage ; votre famille, vos amis ? Quel âge aviez-vous à ce moment là et comment votre entourage l'a t'il pris ? Pourriez-vous nous en parler un peu ? Votre ressentir ? Vos émotions à ce moment là ?
R: je n’en ai jamais parlé. A la puberté, malheureusement, mes parents m’ont faite faire des injections d’hormones masculinisantes. Ce fût la pire des choses que l’on aie pu me faire ! J’ai commencé ma transformation à 30 ans, et achevée celle-ci à 35 après un long combat avec la médecine et la justice française.
Q: Est-ce que vous vous êtes faite opérer ? Prenez-vous des hormones ? Si oui, vers quel âge est-ce arrivé ? Comment cela s'est-il passé ? Pouvez-vous nous en parler un peu ?
R: j’ai été opérée le 12 avril 2001 à Brighton par le Pr ROYLE et, depuis lors, je prends un traitement hormonal de substitution afin d’éviter l’ostéoporose et le cancer du sein. J’ai commencé un traitement hormonal féminisant dès que je me suis sentie prête, au début de ma transformation.
Q: Au moment ou vous avez décidé de vivre en femme définitivement, quelles ont été les démarches administratives pour vous reconnaître comme femme ? Comment s'est passée cette transition homme / femme dans la société à cette période là ? Comment étaient les gens envers vous : bons ou mauvais ?
R: il y a le combat de la transformation, physique et moral, il faut tenir bon, puis l’affrontement avec « les autres ». J’ai eu mes papiers en six mois, en refusant toute contre-expertise médicale. Mon cas a fait jurisprudence : celle-ci porte mon nom, la « jurisprudence Colliaux » qui dit que toute personne, ayant subi une opération de réassignation sexuelle « irréversible », pouvant attester de celle-ci, d’un traitement hormonal et d’un suivi psychiatrique PEUT refuser la contre-expertise médicale demandée par la justice française.
Je ne peux pas dire qu’il y aie eu de transition homme/femme, ce que j’avais dans la tête est descendu entre mes jambes . C’est ma façon à moi de l’exprimer. « On ne naît pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir), c’est tellement vrai.
L’enfer, c’est les autres et cela s’est avéré vrai !
Q: Concernant votre métier, que faisiez-vous lorsque vous étiez encore un jeune homme ? Et qu'avez-vous fait lors de la transition en tant que femme ? Avez-vous continué à travailler dans la même société ? Si oui, vos collègues et autres personnes ont-elles accepté ce changement d'identité ou avez-vous été sujette à des hostilités diverses ? Si oui, pouvez-vous nous en parler un peu si cela ne vous affecte pas trop ?
R: j’ai été longtemps mannequin, puis j’ai vécu de petits boulots, CDD par-ci et contrat d’intérim par là. La précarité, j’ai connu. J’ai eu la chance de rentrer comme steward dans une grande compagnie de transport aérien, et celle-ci m’a aidée du mieux qu’elle a pu lorsque j’ai pris la décision de passer de « steward » à « hôtesse ». Cela se passe plutôt bien, mais il y a des dérapages « isolés », on ne peut pas plaire à tout le monde…c’est humain.
Q: Comment avez-vous fait pour être connue ? Emissions de télé, radios... est-ce un hasard ? Comment tout cela a t'il commencé ?
R: je ne voulais surtout pas « être connue » ! Pour vivre heureux, il faut vivre caché. C’est une connaissance qui m’a mise en relation avec Henry-Jean Servat, puis mon éditeur, Michel Lafon, et le reste, vous connaissez.
Q: Aviez-vous toujours pensé à écrire un livre ou quelqu'un vous l'a t'il proposé ?
R : en fait, tout cela est parti d’une idée de mon psy : écrire ce qui ne va pas, pour se l’ôter de l’esprit. J’ai commencé par acheter un cahier, puis à y noter mon ressentir face à ce que je vivais. Le livre était déjà écrit, il a fallu le remettre en forme. Il reprends mot-pour-mot (ou presque) ce que j’ai confié à ce cahier durant des années.
Q: Quels conseils pourriez-vous donner aux personnes transgenres, qu'elles soient travesties, transsexuelles... bref, les personnes qui comme moi, cherchent a devenir et vivre femme ! Que pourriez-vous nous dire et qu'il serait bon à savoir pour la suite ?
R: ne rien faire à contre-cœur, suivre son instinct, s’entourer de vrais/es amis/ies car certains moments sont difficiles. Ne pas faire « joujou » avec les hormones, être suivie par un clinicien, et prendre l’avis d’autres personnes dans le même cas. La transsexualité est un parcours difficile et onéreux, attention à l’argent vite gagnée…
Q: Je pense avoir fait un tour d'horizon qui couvre pas mal de traits de votre personnalité tout au long de votre vie, pour ce premier entretien, que j'espère le plus complet possible, bien que je dois avoir oublié deux ou trois questions, mais gardons les pour une prochaine fois... Comment avez-vous trouvez ce petit entretien de la part d'une travestie ?
R: charmant, oui vraiment !
Q: Je vous remercie de tout coeur pour le temps que vous avez passé avec moi pour cet entretien et le temps que vous avez consacré à y répondre ! J'espère de tout coeur avoir de vos nouvelles pour une prochaine fois, et surtout, je vous souhaite d'être heureuse : vous n'êtes pas seule, et sachez qu'il y a plein de gens qui vous aiment ! Moi, la première ! Encore merci ! Sandra.
R: merci Sandra, je suis toujours très touchée par des interventions comme les vôtres, ou parfois des personnes qui me remercient… de quoi ? Je suis heureuse d’avoir mené ce combat et d’autant plus maintenant que je sais que le fait d’en parler, de le médiatiser, a aidé beaucoup d’autres personnes dans mon cas.
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03 janvier 2008
Mes bonnes résolutions pour 2008.
Après une rude journée qui a commencé ce matin à 4h00 -ah, que ne ferait-on pas pour voir l'aéroport de Vienne sous la neige !- mes mains posées su le clavier, il me vient à penser à ce moment de l'année où, comme à l'accoutumée, on se prend à faire la liste des "bonnes" -ou pas- résolutions que l'on tiendra -ou non- pour la nouvelle année à venir. Après bombance de mets les plus succulents, de bises et d'accolades de personnes plus ou moins sincères, de paquets ouverts et dans la hantise de voir arriver son relevé de compte bancaire, on y vient enfin à ces "bonnes résolutions". Ah, j'oubliais, les voeux de bonne et heureuse année. Alors, mes meilleurs voeux pour l'année 2008.
2007, n'en parlons plus, c'est du passé. D'ailleurs, j'ai pris grand soin de noter, sur la dernière page de mon agenda, tout ce qu'il me fallait oublier de l'année passée : vilenies, tracas, coups bas, coups de gueule, rancoeur, amertume, la mort d'untel, une Amitié perdue etc... C'est un rituel que j'effectue chaque année, depuis fort longtemps. Ma manière à moi d'exorciser un "karma" qui se voudrait mauvais, pour que les mauvais souvenirs restent dans le domaine justement du "souvenir". Mais, les bons moments, je me les garde. Mon grand-père maternel, André, que j'ai hélas peu connu en raison de la gueguerre que mes deux familles se sont infligées durant des décennies disait cela : "il faut toujours se faire de beaux souvenir pour plus tard : ça aide à vieillir". Bien des années plus tard, lorsqu'il s'est retrouvé dans une chaise roulante avec une jambe en moins, j'ai compris la valeur de ses paroles... Paix à son âme.
Ce matin donc, fort tôt, alors que le jour se levait là haut dans les nuages, dans mon bel aéronef, les "bonnes résolutions" suivantes me sont venues. En général, d'expérience je vous dirais qu'elles viennent en général de ce que l'on ne veut pas que des événements déjà vécus précédemment dans cette vie ne se reproduisent :
- ne plus m'offenser lorsque l'un de mes collègues fait la bise à tout le monde et me tend négligemment la main pour ne pas avoir à me faire la bise ;
- mettre un terme à toute conversation lorsque celle-ci s'avère infructueuse parce que mon interlocuteur est soit borné ou
très con ;
- éviter systématiquement tout contact avec toute personne dont je sais que je n'obtiendrai rien d'elle parce que je sais d'expérience qu'elle est incompétente ; *
- prendre le parti de "dire" quand ça va, et quand ça ne va pas, objectivement à mes interlocuteurs ;
- ignorer systématiquement tout ce qui pourrait me déstabiliser dès lors que mon interlocuteur à d'emblée un à priori sur ma personne ;
- continuer à pouvoir dire "non", c'est un pouvoir extraordinaire que de pouvoir le faire ;
- continuer à affronter mes adversaires, de face, debout et toujours fière sans courber l'échine ;
- et, quoi qu'il arrive, ne jamais remettre en doute l'estime que j'ai de moi (que cela vienne de moi ou d'un tiers).
Bon, alors si avec tout cela en 2008 , je ne suis pas élue "femme de l'année", je n'ai pas obtenu la promotion pour laquelle je travaille d'arrache-pied actuellement, et que mon compagnon ne m'a pas mise la bague au doigt, c'est promis, l'année prochaine, j'oublies mon rituel des "bonnes résolutions" !
* ( je pense que certaines personnes, si elles me lisent, se reconnaîtront !)
23 décembre 2007
Il était une fois...
Tout a commencé un jour d'hiver froid mais ensoleillé de 1999. Je me rendais à la pharmacie, forte de l'ordonnance que j'avais pu me procurer afin d'obtenir mes précieux comprimés d'Androcur et mon gel à base d'oestrogènes. J'habitais alors dans le IVè arrondissement de Paris. Les pharmaciens "du village" étaient de bons conseils pour la communauté LGB (Lesbienne Gay Bi) mais il manquait une partie de celle-ci, T (Trans). Ce jour là, le destin a voulu qu' Hélène Hazera croise mon chemin dans cette même pharmacie. Roger (que l'on peut voir dans le reportage "Andréa, née à 35 ans") me suggéra de l'aborder, de lui exprimer la situation inextricable dans laquelle je me trouvais : elle aurait forcément quelques bonnes informations à me donner. Hésitante, mais non moins déterminée, je lui emboîtais le pas. Comment aborder une personne que l'on ne connaît pas, mais qui semble détenir la solution à tous vos problèmes. Hélène est une femme douce et généreuse, une militante de longue date et il ne me fût donc pas difficile d'obtenir de sa part ce que je souhaitais : des adresses, des informations, DE L'AIDE !
Elle me dirigea vers l'associatif, ce qui semblait être la seule solution à ma demande puisque j'étais déjà suivie dans le cadre d'un protocole auprès des Professeurs Loo et Olier à l'Hôpital Sainte Anne (n'oublions pas que la principale revendication de notre communauté est la "dépsychiatrisation de la transsexualité"). Elle me suggéra de rencontrer le Dr Camille Cabral, présidente du P.A.S.T.T. (Prévention Action Santé et Travail pour les Transgenres). Il y a des jours comme ceux-là que l'on ne peut oublier, et je pense que je n'oublierai jamais celui-là. Bref. Quelques jours après cette rencontre impromptue, je me rends dans les locaux du P.A.S.T.T. Au début, j'ai eu un peu peur de m'être trompée d'adresse. Je veux dire en cela que le P.A.S.T.T. a pour vocation de venir en aide aux travailleuses du sexe, ce que je n'étais pas. Il y avait là, dans la salle d'attente, une très jolie jeune femme qui allait devenir ma meilleure amie : Samantha. Sam est sud-américaine, à l'époque, elle ne parlait pas un mot de français et nous conversions comme nous le pouvions. Elle arrivait de Bogota, cherchait du travail. Je me suis sentie soulagée de voir une si jolie jeune femme -je n'avais alors pas encore compris que nous étions dans le même cas : transgenres toutes les deux ! Il y avait aussi une jeune femme qui s'était faite tabasser la veille au soir sur un lieu de prostitution. Elle avait le visage tuméfié et venait consulter le médecin de l'association. C'est ça le P.A.S.T.T., une "cour des miracles" des laissés pour compte de notre société qui ferme les yeux sur une situation qui perdure et ne semble jamais vouloir trouver de solution.
Le Dr Cabral, "Camille" est un personnage en soi. Sud-américaine, elle parle à force de grands gestes, avec hargne et conviction de cette communauté transgenre dont tout le monde se fout. C'est bien connu, les trans on préfère les avoir sur un trottoir plutôt que dans une salle d'attente... Elle partageait alors un petit bureau avec son assistante, Chris et son énorme berger allemand. Au fil du temps, les locaux du P.A.S.T.T. sont devenus pour moi comme un refuge. Y aller, pour parler, prendre un café. Des petits riens qui m'ont pourtant aidés à survivre au calvaire que me faisaient subir les instances médicales de notre pays, la France. Certes, je n'étais pas une travailleuse du sexe, mais Camille accepta cependant de me venir en aide, et j'en avais grand besoin ! Un dossier fût ouvert à mon nom, rendez-vous fût pris avec le Dr Hacher, un endocrinologue hors du commun qui donne beaucoup de son temps à notre communauté et nous prodigue des soins comme personne. Des gens d'une HUMANITE incroyable comme l'on en rencontre plus nulle part. Une rencontre fût cependant décisive, celle avec Léa, bénévole au sein de l'association qui rentrait de Grande-Bretagne où elle venait de se faire opérer par le génial Dr Royle. Sans blablas, elle entra tout de suite dans le vif du sujet en me montrant avec fierté le résultat de son opération de réassignation sexuelle. J'en aurais pleuré ! C'était magnifique et elle rayonnait de bonheur m'exprimant que sa vie avait réellement commencée le jour où elle s'était faite opérer.
18 mois plus tard, je quittais la France pour la Grande-Bretagne. Andréa fit ses premiers pas dans la vraie vie le 12 avril 2001.
Camille m'avait transmise sa hargne, et sa volonté féroce de combattre. J'obtins mon changement d'identité en six mois, la publication de la jurisprudence COLLIAUX qui dit que toute personne, détentrice de 3 certificats médicaux : endocrinologique, psychiatrique et chirurgical NE PEUT SE VOIR OBLIGER A UNE CONTRE-EXPERTISE MEDICALE POUR SON CHANGEMENT D'IDENTITE.
J'en suis très fière, cela va s'en dire. Les avocats utilisent cette jurisprudence dans des cas similaires aux miens. Le numéro de Sécurité Sociale vit la suppression du "1" au profit du "2" et mon acte de naissance fût même modifié.
Je ne me sentais pas "redevable" auprès de Camille et de son équipe, mais les locaux du P.A.S.T.T. étaient devenus un second "chez moi" et je m'y sentais bien. Entre temps, Camille avait été élue "conseiller municipal" dans le XVIIè arrondissement, et nous en étions toutes très fières. Sur les pas de celle qui était devenue mon amie, Léa, je devins bénévole au P.A.S.T.T. en donnant des cours de maquillage à celles qui le souhaitaient. La thérapie par la beauté, comme cela se fait dans de nombreux hôpitaux.
Cependant, comme dans toutes les communautés, j'ai ressenti comme une scission entre les personnes "opérées" et celles qui ne le sont pas. Je me suis sentie comme rejetée par cette communauté dont finalement, par la force des choses je ne faisais plus partie puisque j'étais devenue une femme à part entière. Léa s'était mariée et avait quitté le territoire français ; Sam et moi sommes toujours les meilleures amies du monde. La vie a repris son cours, avec ses hauts et ses bas, ses jours avec et ses jours sans. Camille, Hélène, l'équipe médicale qui m'a soutenue et aidée sont toujours présents dans mon coeur et dans mes pensées.
Je souhaite à toutes celles qui sont dans mon cas de pouvoir être aidées dans les conditions dans lesquelles je l'ai été.
Comme le disait Antoine de Saint-Exupéry : "il ne faut pas prévoir l'avenir, mais le permettre" et je citerai aussi Victor Hugo : "le plus lourd fardeau, c'est d'exister, sans vivre".
A Camille, Hélène et les autres, avec toute mon affection.
19 novembre 2007
Nature Humaine.
Plus je cotoie le genre humain, plus je me dis que pour vivre heureuse, je devrais m'éloigner de tout et, telle une Brigitte Bardot (même si elle accuse notre communauté de tous les maux, dont le "trou" de la Sécurité Sociale !) entourée de mes quatre chats, refuser tout contact avec quelque humain que ce soit, pour ne plus être blessée, humiliée, heurtée. Non, ne voyez là aucun signe de paranoïa ou quelque autre trouble (n'oublions pas que mon "genre" est associé, pour l'O.M.S., à une maladie mentale). Il n'en est rien. Simplement, plus j'avance dans la vie et en âge, moins j'ai envie de faire d'efforts, de concessions face à des personnes qui agissent comme des enfants gâtés, pourris, à qui l'on a jamais dit "non". Pourtant, le jour où j'ai moi-même appris à dire "non", ma vie a basculé et je me suis sentie tellement soulagée ! Dire "non", c'est se protéger de l'autre, des autres. Dire "non" s'est aussi s'affirmer, affirmer son "moi" , imposer son choix, sa différence éventuellement. Ce que j'écris peut ressembler à de la littérature de presse féminine -on y trouve parfois des choses très bien, il suffit de savoir lire entre les lignes, tout est question de "nuance- mais un "non", choisi et bien placé peut bouleverser une vie. Je me souviens m'être retrouvée devant le psychiatre à Sainte Anne (chez les fous donc !) ; celui-ci me faisait un laïus sur la capacité que j'avais de prendre la décision de me faire opérer :
- "ce n'est pas l'appendicite, c'est une chirurgie très traumatisante, non sans séquelles"... ses mots résonnent encore dans ma tête.
Ce jour là, j'ai appliqué ce que je venais tout juste de comprendre. On ne peut pas dire "oui" à tout, et j'en avais trop accepté. Alors, sous une autre forme qu'un "non", je lui ai fait savoir que j'étais seule juge de ce qui était bien et de ce qui ne l'était pas pour moi. Trois mois après, je partais pour Brighton. Vous connaissez la suite.
Chaque jour, j'observe, dans ce grand monde dans lequel j'évolue. De part mon métier, je cotoie plus de monde que le quidam ne peut en rencontrer en une journée. Parfois je souris, devant un enfant qui s'émerveille, une vieille dame attendrissante, un lever de soleil sur le Mont Blanc. Mais je suis parfois amère de ce que je vois et de ce que j'entends. Le genre humain est-il mauvais par essence ? Le bien serait-il devenu une denrée rare ? La bêtise, la méchanceté, l'inconstance, la trahison, nous en avons tous fait les frais.
Il n'y a que ceux qui ne vivent pas dans la "vraie vie" qui n'ont rien vu, je l'ai déjà écrit. Mais comment peut-on être aussi aveugle pour ne pas voire se qui se passe chaque jour autour de nous. D'autres resteront de marbre face à une attitude agressive ou méprisante. Pour ma part, je ne peux pas croire que l'on puisse tout accepter et n'importe quoi. L'ulcère me guette, c'est ce que vous pensez n'est-ce pas ! Mais à force d'ornières, on arrive à ne plus appréhender ce qui se passe autour de nous. J'ai tellement pris conscience de cela que j'ai eu une période de révolte : j'ai fait acte d'apostasie parce que le mariage religieux m'était refusé en raison de ma situation : "il n'y a de place que pour une seule âme, celle de Bruno". Oups ! J'ai écrit, beaucoup, pas seulement ma biographie, mais des courriers, pour dire que je n'approuvais pas telle ou telle décision ; que les propos d'un homme politique à l'égard d'une minorité étaient déplacés ; pour une émission télévisée sur le câble qui mettait en exergue la transsexualité d'une jeune femme confrontée à la bêtise de plusieurs messieurs etc... on se fatigue vite ! Je suis sans voix devant Mère Thérésa ou l'Abbé Pierre, toute une vie de combat pour finalement se rendre compte que tout reste à faire. Et moi donc, après tant de combats, chaque jour, la vie me semble trop courte pour achever ce que j'ai commencé. Sarah Jessica Parker sera toujours Carrie Bradshaw dans "Sex and the City" ; Andréa Colliaux sera toujours "le steward qui est devenu une hôtesse de l'air". Que pouvons nous y faire. C'est restrictif, j'en suis consciente, mais il faut mettre une étiquette sur les gens, comme sur les pots de confiture, au cas où l'on oublierait le goût de ce qu'il y a à l'intérieur.
Au fond, que retenons nous des autres si ce n'est ce que l'on a bien voulu nous en dire ? Au final, on passe à côté de tas de choses, de richesses humaines inestimables qui vous font grandir, aimer la vie, la détester aussi ; de parcours exceptionnels qui ont bouleversé le monde. Ce qui m'attriste le plus, c'est que l'on puisse attacher de l'importance à ce qui n'en a pas ; quitte à en oublier ce qui est important. Je parlais un jour avec un grand chirurgien. Il était le premier à effectuer des opérations à coeur ouvert. Je lui faisais remarquer que les gens comme lui étaient trop peu mis en avant. Certes, mais sa réponse m'a stupéfaite : "ce que je fais est "normal, ça n'a rien d'exceptionnel". Alors, sauver des vies, pour le commun des mortels, c'est "normal" et ça n'a rien d'"exceptionnel". Quand je vois tout le déballage que l'on fait autour de personnes qui n'en valent pas la peine, le souvenir de ce grand monsieur (décédé depuis) me revient en tête et me remet vite l'esprit en phase.
Revenons-en à Brigitte Bardot et à mes quatre chats : Vicomte, mon Norvégien, Mykonos, mon petit rouquin sauvé in-extremis d'une mort certaine sur l'île dont il porte le nom, Minouche, chatte européenne et Choupette, 14 ans dans la vie d'un chat.
A leurs yeux, je suis celle qui donne des croquettes, qui change les litières et donne de temps en temps une boîte-boîte de thon, Miam ! et celle qui donne des caresses. Parfois j'aimerais aussi poser ce même regard sur le genre humain : "que du bon" comme le dirait mon ami Axel. Mais il n'en est rien. Après 42 ans d'une vie comme la mienne, on peut se faire une opinion : il n'y a pas que du bon dans la nature humaine et, même si je ne suis pas d'accord avec Brigitte Bardot, force est de constater qu'elle n'a pas tord.
11 novembre 2007
L'O.M.S. et la psychiatrisation de la transsexualité
Assez de la disphorie de genre : nous ne sommes pas malades !
L’OMS considère la transsexualité et le transgendérisme comme des pathologies mentales en les qualifiant de "trouble de l’identité sexuelle" dans la classification internationale des maladies (CIE-10).
Cette classification des maladies est le modèle de référence des professionnels de la santé de tous les pays. Par conséquent, les personnes trans du monde entier se voient obligées de passer devant des équipes de psychiatres qui "évaluent" leur identité de genre pour décider de leur accès aux traitements hormonaux ou à leur changement de sexe sur l’état civil.
L’Etat Espagnol entérine cette définition psychiatrique avec la récente "loi sur l’identité de genre" qui impose l’obtention du diagnostic de "disphorie de genre" pour pouvoir changer de nom et de sexe sur l’état civil, et en exclut les mineurs (moins de 18 ans ), les immigréEs, et les handicapéEs mentalEs.
Notre genre ne peut être évalué, ni par la psychiatrie, ni par aucune autre discipline, et encore moins pénalisé et conditionné par ce même service qui est censé garantir notre plein développement physique, émotionnel et social. Nous exigeons un système de santé publique qui respecte nos corps intersexes et transsexuels sans être jugéEs systématiquement par la morale médicale. Utiliser le diagnostic de "trouble de l’identité de genre", c’est limiter la construction de nos corps, c’est violer nos libertés individuelles. La diversité des identités est infinie et ne peut s’encadrer dans un modèle homme /femme.
Parallèllement, nous interrogeons la nécessité de mentionner le sexe sur les documents officiels.
Il est indispensable, pour éviter l’exclusion des personnes trans, de lutter contre la transphobie dans les milieux éducatif, pénitenciaire, dans les moyens de communication, etc. et particulièrement dans le monde du travail, afin de garantir à touTEs un accès à l’emploi.
Alors que la classification internationale des maladies est en cours de révision, c’est le moment de lutter pour que soit retiré le "trouble d’identité de genre" de ce manuel, de la même manière que dans les années 1990 la communauté homosexuelle n’a plus été considérée comme malade par cette classification.
En ce sens, l’implication et la position de la communauté médicale dans la lutte pour la déclassification du "trouble d’identité de genre" est fondamentale.
Les pressions de genre nous affectent touTEs, elles déterminent comment nous devons nous comporter et établir nos relations, nous obligeant à nous conformer à des identités conceptuelles. C’est pour cela que cette lutte n’est pas exclusivement trans, c’est une lutte qui nous implique touTEs.
Cette lutte doit être une lutte internationale construite à partir d’actions simultanées et coordonnées dans différentes villes du monde.
Parce que nous ne sommes pas malades mentauxLES par le fait d’être trans, nous ne sommes pas troubléEs par le fait de construire le genre hors des normes établies par la médecine et les gouvernements ; nous voulons faire entendre notre voix et ne plus jamais être traitéEs comme des victimes, ni comme des malades politiques ; parce que nous exigeons avoir le droit de décider nous-mêmes sur notre corps : les activistes trans qui signons ce manifeste exigeons le retrait du "trouble de l’identité de genre" de la classification internationale des maladies et la complète dépathologisation des identités trans.
Source : site Act-Up Paris
06 novembre 2007
Comment me contacter ?
Vous pouvez me joindre soit par courriel via l'adresse ci-après :
mon.blog@laposte.net
Ou par courrier à l'adresse suivante :
Andréa COLLIAUX
s/c Association P.A.S.T.T.
94, rue Lafayette
75010 - PARIS
France
Il se peut que je ne réponse pas "tout de suite", vous voudrez bien m'en excuser, mais je ferai tout mon possible afin de vous donner une réponse, quelle qu'elle soit !
A très bientôt donc.
Andréa.
04 novembre 2007
Harcelée

Harceler :
(verbe transitif)
Tourmenter, inquiéter par de fréquentes attaques.
Il n'y a, selon moi, rien de pire que d'être victime de harcèlement, quelle qu'en soit la motivation. J'en fais les frais depuis de nombreuses années, dans mon milieu professionnel. Bien avant 2001 -rappelez-vous cette date, elle a une grande importance dans ma vie !- j'étais déjà sous les feux (non pas de la rampe, hélas) de nombreuses attaques, verbales pour la plupart, écrites aussi. Ne m'a t'on pas demandé d'écrire un courrier sur lequel je m'engageais à "avoir un comportement plus viril au sein de l'entreprise et plus particulièrement au contact de la clientèle" ? n'ai-je pas porté un badge d'identification professionnel rédigé comme suit : "Bruno dit Andréa COLLIAUX" ? (une étoile rose aurait été tout aussi efficace !) sans compter l'expression qui fait rage dans mon entreprise lorsque l'on parle d'une personne efféminée : "avoir le poignet cassé"... et j'en passe.
En novembre 2005, alors que je pensais que tout ce qui précède relevait de mauvais souvenirs, et que tout semblait dans l'ordre,les choses se sont aggravées. J'avoue avoir été prise au dépourvu car je ne pensais pas que la bêtise, la méchanceté, la haine puissent aller si loin. Tous les documents internes nous sont transmis par voie de "casier" (une sorte de boîte-à-lettre nominative) : chaque fin de mois, on y trouve sa feuille de salaire, son planning pour le mois suivant et d'autres informations, propres à notre profession.
J'ouvre une enveloppe qui m'est adressée, aux couleurs de mon entreprise : horreur et stupéfaction.
"TRAVLO DE MERDE - ON AURA TA PEAU - DEGAGE"
Premier dépôt de plainte au commissariat.
Au même moment, un syndicat interne sort un papier intitulé "Harcèlement moral au travail" : "aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptibles de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucun salarié ne peut être sanctionné ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, notamment en matière de promotion professionnelle, pour avoir subi ou refusé de subir les agissements définis à l'alinéa précédent" (Art L.122-49 du Code du Travail).
Je transmets copie de la gentille missive trouvée dans mon casier à ma hiérarchie : "Mais Andréa, il faut en rire" m'a t'on répondu.
Un autre syndicat sort un autre papier intitulé "La chasse aux sorcières doit-elle être ouverte ?" à peu près à la même époque.
Dans un même temps, je prends contact avec mon avocate, Maître K. qui elle ne trouve pas qu'il y a matière à "en rire". Elle adresse un courrier à ma hiérarchie :
"Monsieur, je reviens vers vous car Madame COLLIAUX vient de me faire part d'un grave incident dont elle vient d'être victime. En effet, Madame COLLIAUX m'a transmis une lettre anonyme de menace de mort déposée dans son casier le 22 novembre dernier. Madame COLLIAUX avait déjà trouvé des mots d'insultes ainsi que des photographies à caractère pornographique, mais jamais de telles menaces. Sur cette lettre est écrit : "Travlo de merde - on aura ta peau - dégage". Je vous en adresse d'ailleurs une copie. De telles menaces sont sanctionnées pénalement par l'article 222-17 du Code Pénal : "La menace de commettre un crime ou un délit contre les personnes dont la tentative est punissable est punie de six mois d'emprisonnement et 7500 Euros d'amende, lorsqu'elle est soit réitérée, soit matérialisée par un écrit, une mage ou tout autre fait". En conséquence, Madame COLLIAUX demande que votre service diffuse une note ou la présente, rappelant au personnel que de tels actes sont répréhensibles pénalement, afin que la personne qui en est l'auteur soit avertie des poursuites possibles à son encontre, si Madame Colliaux était amenée à découvrir son identité. Veuillez agréer, etc..."
Aucune suite n'a été donnée à la demande de mon avocat.
Le 08 février 2006, un nouveau message m'est adressé :
"ON T'A TROUVE UN NOUVEAU BOULOT - RETOURNES AU BOIS SALE TRAVLO - T'AS RIEN A FAIRE A -nom de mon employeur- T'ES BONNE QU'A SUCER DES BITES - SALOPE" s'ensuit une image pornographique en bas de page.
Entre temps, mon dossier a été transmis au commissariat le plus proche des locaux de mon employeur. Je suis contactée par le Major M. qui prend la chose très au sérieux. Je dépose une seconde plainte, similaire à la précédente si ce n'est qu'entre temps, je reçois des appels téléphoniques anonymes. Mon interlocuteur se contente de rester muet. La plainte comporte trois infractions : vol (mes bulletins de salaires ainsi que mes plannings de vol disparaissent), harcèlement téléphonique et menaces de mort.
On me demande de noter les heures des appels téléphoniques afin qu'une recherche de numéros puisse être faite sur ma ligne ; par ailleurs, toutes les informations personnelles (adresse, numéro de téléphone) sont retirées du fichier informatique au sein du Service du Personnel. Je suis lasse de cette situation, je change de numéro de téléphone.
Tant pis pour les recherches qui pouvaient être entreprises par le Major M.
Le 02 août 2006, je trouve un nouveau message. J'étais en arrêt maladie depuis février (voire "Aller plus haut"). Ce message fait allusion au Commandant de Bord qui m'avait agressée à cette date :
"M. T'AS PAS CREVE SALE TRAVLO - UN AUTRE AURA TA PEAU SALOPE - TU PAYES RIEN POUR ATTENDRE... - Y'AURA D'AUTRES OCCASIONS SALE PUTE - ON VEUT PAS DE TOI ET ON TE LACHERA PAS - D E G A G E".
Nouveau dépôt de plainte. L'agent de police qui me reçoit me propose de bénéficier d'une protection policière que j'accepte volontiers. Je saisis la H.A.L.D.E. (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) en ces termes :
"Depuis plus d'un an, je suis victime au sein de mon entreprise de menaces de mort, harcèlement téléphonique et de vol. J'ai régulièrement interpellé mon entreprise à ce sujet (dossier joint). Malgré des dépôts de plainte et divers échanges avec mon avocat, l'entreprise n'a, à ce jour, pris aucune mesure destinée à me protéger ou reconnaissant le préjudice. Je continue donc aujourd'hui à travailler dans la peur et ne sais plus vers qui me retourner pour que des mesures soient prises afin de faire cesser ces actes de malveillance à caractère transphobe. Je vous souhaite bonne réception de la présente etc..."
Durant deux mois, j'ai bénéficié d'une protection policière (rondes de nuit au sein de mon immeuble, visites diurnes). J'ai même demandé la visite d'une brigade un soir, me sentant menacée - il s'agissait seulement d'un rôdeur.
Le Major M. avait entamé une enquête au sein de mon entreprise. Après un entretien au cours duquel il me demandait si j'avais des doutes, des suspicions sur certaines personnes, et faute de preuves tangibles, je reçois un courrier du Tribunal de Grande Instance de Paris daté du 20 mars 2007 : "AVIS DE CLASSEMENT - J'ai l'honneur de vous faire connaître que la plainte que vous avez déposée le 23 mars 2006 a fait l'objet d'un classement sans suite. En effet, l'examen de la procédure n'a pas démontré l'existence d'une infraction. Plusieurs voies de recours contre cette décision sont possibles".
Le courrier est une photocopie de mauvaise qualité, accompagnée de la liste des recours. Mon avocat me conseillera de ne pas donner suite.
J'ai repris le travail en juin dernier, après un arrêt d'une année et quatre mois. Même si mon corbeau semble avoir perdu son enthousiasme à m'adresser des lettres d'insultes et de menace, il n'en reste pas moins que des individus ne souhaitent pas travailler avec moi et ne se présentent pas lorsqu'ils voient mon nom sur la liste équipage, d'autre refusent de prendre le même ascenseur que moi, d'autres encore m'ignorent totalement lorsque je leur adresse la parole.
SANS COMMENTAIRES.
Pour information :
Le harcèlement moral est devenu en France un délit spécifique depuis 2002.
En 2003, seulement la moitié des 200 000 affaires portées à la connaissance des Conseils de Prud’hommes avaient été jugées.
Les condamnations sont restées peu nombreuses, en moyenne 1 sur 1 600 dossiers.
Durant la dernière année juridictionnelle (2006), les Conseils de Prud'hommes ont traité 250.000 litiges. Des condamnations ont été prononcées dans un quart des affaires.
Actuellement, les publications de spécialité estiment que 2 millions de salariés sont victimes de harcèlement moral.
Conséquences du harcèlement sur l’emploi :
• 60,6% de maladie prolongée
• 18,1% déqualification fonction
• 8,5% aucune
• 5,3% licenciement pour faute
• 3,2% démission
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