Carnet De Bord d'Un Steward Devenu Hôtesse de l'Air

27 mai 2017

"Carnet de Bord".

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Ce blog est destiné à la population "trans". Il est le reflet d'une expérience. En aucun cas vous n'y trouverez toutes les réponses à vos propres questionnements. Tout au plus de quoi vous aider à réfléchir. 

Toutes les expériences sont différentes ; cependant, parfois, on peut se retrouver dans un même questionnement. Ce blog n'est pas un "Petit Manuel" mais au moins un guide, un recueil de réflexions sur MON expérience, MON vécu.

Mon auto-biographie parue en 2001 a aidé des milliers de personnes ; j'en suis heureuse et flattée tout à la fois.

A vous de vous faire votre propre opinion et votre propre vie.

Je réponds à tous mes lecteurs, vous pouvez me joindre à cette adresse :

louandco@laposte.net

ATTENTION :

- tous commentaires diffamants, insultants feront l'objet de poursuites ;

- je ne fais aucun commentaires concernant mon employeur ;

- je ne donne que rarement des interviews SAUF si le sujet donne une idée positive du "parcours transsexuel".

 

Alone.

"Alone" est le titre d'une chanson d'un groupe de rock féminin des années 80, "Heart". J'ai découvert ce groupe il y a une vingtaine d'années, avec un autre titre, très avocateur également, "If look could kill". C'est aussi pour moi le souvenir d'une belle rencontre, de promenades autour du lac d'Enghein-les-bains et de papillottes de saumon aux petits légumes. Bref.

C'est le moment des souvenirs. 51 ans. On regarde devant soi. Derrière soi, on se demande comment on en est arrivé là. C'est abyssale ! Un demi siècle. Trois vies. Et des aventures à n'en plus finir. Mon grand-père maternel dont j'ai été séparé en raison de querelles familiales me disait un jour, le peu de fois où il m'a été permis de le voir : "il faut se faire de beaux souvenirs car quand on vieillit, ils aident à vivre". Il n'avait pas tort. Cependant, il ne faut pas vivre dans le passé ni s'y accrocher, mais parfois c'est tellement confortable. Le souvenir d'une rencontre, d'une étreinte, d'un dîner, de rires autour d'une table, d'un voyage, de paysages lointains, d'anecdotes... surtout lorsque l'on se sent terriblement "seule", "Alone".

J'ai apprivoisé la solitude depuis mon divorce en 2013. Il y a une différence entre la "solitude" et l'"isolement" même si, vivant en grande banlieue, je dirai que je me sens parfois "isolée". Je suis une parisienne née, alors Paris aura toujours dans mon coeur une place très privilégiée. La solitude, c'est se dire que l'on est certes entourée, mais que certains moments sont plus pesants à vivre que d'autres, voir à appréhender. Un problème de santé, un imprévu, une envie soudaine de se sentir soutenue, aimée, désirée, choyée. Et là, vous vous prenez la solitude en pleine figure. Quoi que si je me penche sur mon passé, même mariée avec deux enfants, je me suis sentie parfois bien seule, voir isolée.

La solitude est un phénomène nouveau pour moi. J'ai toujours été très entourée, aimée, adulée même parfois. Mais ça, c'était il y a longtemps ! Un proche me disait dernièrement que je n'étais pas un cas "désespéré" : "tu es une belle femme, pétillante, drôle, tu as un bon boulot". Certes, mais cela ne fait pas tout. Etre le porte-drapeau de toute une communauté, une exemple de réussite pour certains, ne fait pas de moi pour autant une femme qui croûle sous les demandes de rencontres et l'âge aidant -et je le constate dans mon entourage- une femme de 50 ans a bien moins de chance de refaire sa vie qu'une femme de moins de 30 ans. Qu'on se le dise. J'ai tenté de me "rapprocher" de la gente masculine. Ces messieurs ne voient en moi qu'un fantasme, une créature fantasmagorique. "Une image de magazine sur qui on éjacule" disait Stella Spotlight dans Starmania (pour ceux qui connaissent cette magnifique comédie musicale de Michel Berger et Luc Plamandon). "Coucher" ne semble pas être un problème pour les femmes de mon "genre". Mais garder un compagnon de vie semble mission impossible. J'ai essayé les sites de rencontre ; les soirées privées, les blind-date organisés par des amis qui "avaient-quelqu'un-de-super-à-me-présenter". Au secours ! Quant à mon univers professionnel, j'ai déjà du mal à me faire accepter en tant que personne, alors en tant que potentielle femme célibataire à la recherche d'un compagnon, c'est inimaginable.

Lorsque je dis que j'ai apprivoisé ma solitude, j'entends que je la gère. Tant bien que mal. Rien ne peut remplacer une étreinte, un baiser, la chaleur d'un corps contre le vôtre. N'y voyez rien de sexuel, juste quelque chose de charnel. Un contact, tout simplement. J'ai fort heureusement suffisamment de caractère pour ne pas m'apesantir sur mon sort et toujours trouver le moyen de rebondir... dans la vraie vie, celle de tous les jours ; mais dans ma vie privée, lorsque je ferme la porte de mon appart'hôtel derrière moi, je me dis qu'une présence, indépendemment de celle de mon compagnon à quatre pattes, serait la bienvenue. Même si mon Jack Russel est d'un énorme soutien moral. Son Amour est sans faille, ses yeux ne me jugent ni ne mentent jamais et l'affection qu'il m'apporte m'est bien plus chère qu'une escapade d'un soir avec un inconnu qui ne me laissera que des regrets, de l'amertume et des larmes. J'en ai fait dernièrement l'expérience...

Je ne suis pas passée non plus par les travers de la "consommatrice compulsive". Même si je donne l'image d'une femme un peu "bourgeoise" et très distinguée, je dirais que je vis "chichement". Je fais preuve d'une grande abnégation dans ma vie quotidienne. Il n'y a pas de place pour les personnes qui n'en valent pas la peine ; j'ai appris bien malgré moi à me méfier des prédateurs potentiels et je m'en éloigne bien vite. Avoir été confrontée à un pervers narcissique m'a donnée toute l'amplitude à les détecter dès les premières minutes et je fuis à grands pas. J'ai compris que je n'étais pas une "femme comme les autres", de part mon passé, de part ma manière à appréhender les choses, les évènements, à les gérer, à donner des réponses à d'éventuels personnes qui se mettraient en travers de mon chemin. Je me sens comme une vestale, invinscible parfois. Mais cette solitude, qu'elle me pèse !

Il n'y a jamais vraiment eû beaucooup d'Amour autour de moi. J'ai peu de souvenirs de mes parents. Les souvenirs de mes tuteurs sont bien pire encore. Ma famille : quelle famille (et pas seulement parce qu'elle était absente, mais aussi parce que cette famille ne semblait pas être la mienne). Alors je sais peu de choses de l'Amour avec un grand "A". J'ai été aimée, j'en suis certaine, par deux personnes au moins : Marc* et probablement un peu par l'homme avec lequel j'ai partagé un temps ma vie avant mon mariage. Quand je regarde autour de moi, tous sont en instance de divorce. Des divorces "à l'amiable" (comme le mien) et qui tournent au cauchemar. L'argent, le fric, les pèpètes... plus rien ne compte et les sentiments sont bien vites remplacés par l'appât du gain, de ce que l'on va bien pouvoir soutirer de l'autre lors de cette séparation. Et je sais de quoi je parle !

Alors celui qui chantait : "la solitude ça n'existe pas" était un menteur ou alors il se voilait la face parce qu'il ne voulait pas voir la réalité. Car la solitude est insidieuse. Vous rentrez d'un dîner, heureuse de ces instants partagés, et la porte de votre appartement se ferme derrière vous, vous accomplissez les gestes du quotidien et votre lit vous semble bien vide. Une présence, la chaleur de l'autre, des carresses, un baiser, quelques mots échangés, cela semble peu, mais c'est vital. Parce que l'homme n'est pas fait pour vivre seul. Après le 1 il y a le 2 et les chiffres sont faits pour s'additionner. On ne peut pas demeurer "1" jusque la fin de ses jours.

J'ai suivi ma tutrice jusqu'à sa mort. Pour le coup, elle a vécu la solitude lorsque son époux est décédé et l'isolement de la maison de retraite au fin fond de l'Yonne. Et voyez vous, même si je n'ai pas toujours été en accord avec mes tuteurs, je prends maintenant l'ampleur de ce que pourraît être ma vie dans les 20 années à venir : finir seule, éloignée de tout, dans une maison de retraite paumée au fin fond de je ne sais où. Et encore, elle a pu s'offrir ce "luxe" de la maison de retraite grâce à sa pension, mais qu'en sera t'il de moi dans 20 ans à l'allure où vont les choses ? Car aujourd'hui tout semble si fragile. Cet équilibre que j'ai connu il y a 30 ans n'a plus sa place. Tout peut basculer d'un jour à l'autre. Et la solitude ? Puis-je la rompre ? Comment ? Il y a forcément dans cette vie un homme, une personne, quelque part. Cela fait 25 ans que je parcours le monde et je n'ai pas encore trouvé cette personne. Mon ex-mari était un pis-aller, une relation "à l'amiable" qui n'a durée qu'un temps, mais ce n'était pas l'homme de ma vie. D'ailleurs je me demande toujours si je l'ai réellement aimé. Simplement m'a t'il donné la sensation que je ne vieillirai pas seule...

Alors je l'attends, cet être qui saura m'aimer, m'apprécier pour ce que je suis, avec mon passé, mon caractère, mes certitudes et mes doutes. Mais de grâce monsieur, ne me chantez plus "la solitude ça n'existe pas". Vous mentez !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

18 avril 2017

Les fachos sont de sortie.

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A cinq jours des élections présidentielles, il semblerait que les gens se lachent... et deviennent par là-même très lâches ! Même sur les sites de rencontre...

J'en veux pour preuve les propos d'un monsieur dont le pseudo "inconnu-75" (on aimerait bien qu'il le reste) m'ont rappelé que la plupart des gens n'aiment pas ce q'uils ne comprennent pas parce que ça leur fait peur. Notre quidam en est la preuve. Pourtant, je ne lui avais rien demandé à ce monsieur, sinon qu'il reste un "inconnu" parce que sincèrement, je ne serais jamais allée le chercher. Je suis célibataire depuis mon divorce, mais ni morte de faim ni désespérée... et par choix aussi, qui sait ?

Faire l'apologie du "bio" et du maïs transgénique me semble disproportionné et bien mal à propos sur un site de rencontre. On y vient... pour y rencontrer des personnes, qui partagent les mêmes valeurs, la même envie de faire une belle rencontre, de passer un moment agréable voir "plus si affinités". Et voilà que notre "inconnu-75" se permet de vouloir me coller dans la case "trans", comme ça, parce qu'il n'aime pas les "modifications génétiques". Mais de quel droit ? Vous remarquerez également l'emploi du "masculin" et l'ignorance sur le sujet qu'il semble vouloir maîtriser à merveille. Je serais tentée de dire que fort probablement il s'est fait avoir une fois et que cela lui est resté en travers de la gorge. Oh que je suis méchante !

Les fachos sont donc de sortie. En Tchétchénie avec la réouverture de camps de concentration pour homosexuels, en Ukraine (les nazis ne sont pas en voie d'extinction, quel dommage) et on sent monter en France comme un relent d'extrêmes qui attendaient dans l'ombre de pouvoir se montrer au grand jour. C'est leur moment de gloire. Ils peuvent enfin se montrer sous leur vrai jour. Tout est permis : bastonnades de pédés, agressions de trans, qu'elles soient verbales ou physiques, on peut craindre le pire. Je lisais dernièrement qu'une femme transsexuelle est assassinée tous les trois jours dans le monde. 262 en 2016... ça fait froid dans le dos. "inconnu-75" irait il jusqu'à commettre l'irréparable, touché dans sa virilité parce qu'une belle grande brune sexy qui se présente à lui sur un site de rencontre n'est pas née "biologiquement femme" et n'a pas honte de l'annoncer sur son profil parce qu'elle assume ce qu'elle est et souhaite plus que tout ne pas être confrontée à d'autres "inconnu-75".

Car oui, j'assume. Posez moi la question et je vous répondrai sans détours que je ne suis pas une femme "bio". Je ne le revendique pas, mais je ne m'en cache pas non plus. A quoi bon mentir ? Mon passé est ce qu'il est ; j'ai vécu 35 ans dans un corps masculin et la chirurgie m'a rendue ce que Dame Nature ne m'avait pas donnée. Je n'ai causé de tort à personne. 

Comme cette réaction est étrange, vraiment. Qui êtes vous donc monsieur "inconnu-75" pour me juger, me demander de me mettre dans un catégorie à laquelle je n'appartiens pas. Ah, et puis l'orthographe... je suis intraitable sur l'orthographe et les fautes de grammaire et de syntaxe. J'y tiens à mon Bac L. Alors de grâce, monsieur "inconnu-75", relisez vous avant de cracher votre venin, votre haine, votre xénéphobie. Vous aimez vous vous même ? A la lecture de votre profil, tout n'est que contradiction et "sens interdit". Restez donc chez vous, à ruminer votre haine de l'autre, votre triste vie, vos espoirs qui n'ont pas aboutis. Je vous imagine fonctionnaire, aigri, haineux de la réussite des autres, ressassant à longueur de journée votre rancoeur et votre mépris à l'égard de vos congénères. Vous me rappelez un agent des impôts qui m'a mené la vie dure il y a quelques années... derrière son guichet, son regard désaprobateur, me jaugeant comme si j'étais une bête de cirque immonde et indigne d'être exposée à sa vue, pauvre type derrière sa vitre de verre et son clavier.

Compassion, voilà ce que vous m'inspirez. De la compassion et nous savons vous et moi qu'éprouver de la compassion pour son prochain est la pire des choses... Alors ayez la gentillesse de passer à la fiche suivante. Il y a probablement une jolie jeune femme "bio", blanche, de bonne famile, française depuis plusieurs générations qui saura vous faire plaisir... on ose imaginer de quelle manière -sourire-

La vie est parfois bien faite. Au moins je me dis que du fait de ma situation, j'évite les cons. Et vous faites partie de cette catégorie, hélas. La vie m'a énormément gâtée ça vous pouvez me croire. Mais vous... 

Pauvre type.

02 février 2017

L'interview au New York Times.

NYTimes-banner

 

 

J'ai donné cette interview pour le New York Times en novembre 2016. Celle-ci devait être publiée fin janvier 2017 dans l'édition du dimanche. La rubrique étant intitulée "Vocation". 

En raison d'avis divergents, il a été décidé de ne pas publier cet article. En effet, au moment où cette interview devait être publiée, j'entamais une procédure pour "harcèlement" contre mon employeur. Il m'était donc difficile d'un côté de donner une vision positive de mon entreprise sachant que la vérité était tout autre. 

Bonne lecture à mes lecteurs anglophones.

 

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How long have you been a flight attendant? 

 

I started working in 1992. I’ve been a Flight Attendant for 24 years from. That will be, more or less, 11.400 flight hours !

 

Where did you grow up and, and what is your educational background? 

 

I was born in Paris in 1966. I grew up in one of the  suburbs of Paris. We lived in my grand-parent’s home. In 1973, my parents died in a car accident where I was the sole survivor. This was maybe the most poignant and important moment i my life. On top of losing both my parents, I was seriously injured. I spent a few months in hospital, then the judge placed me at my father’s parents home. They became my tutors. I spent 10 years with them. At the age of 17 I requested to be emancipated and left home to finish my studies and begin what I consider to be my life. 

I was very androgynous during childhood and adolescence. At the age of 10, my tutors brought me to see a specialist and I was given a huge hormonal treatment that was meant to make me become more masculineThis ended up negatively changing my life, as I became a very feminine-looking manFrom then on, my life became very difficult. I attended catholic schools, where I was a very good student. Studying was for me the opportunity to forget the reality of my -poor- life. I had no friends, I was very often alone even in primary school. It became much more difficult when I had to go to the college. People were really mean to me : « fag ». That’s what I was to them. I had to change 3 different schools  while in High School. I studied Modern Literatures and Art and Design afterwards.

 

What led you to choose this career? 

 

I grew up in the suburbs of Paris, near Orly, that was the main airport in the 70ies. From my garden, I could see the airplanes taking off and landing. I did not really know what it was all about. Of course, my tutors explained me that those aircraft were going all over the world, through continents and oceans, but what was happening inside them? No idea.

At the age of 10, I flew for the first time from Brittany to Jersey. THIS WAS A REVELATION to me. The stewardess looked so chic in her uniform, going about her duties.  That was it for me, I had found my vocation, the career of my dreams. I did not know exactly what the job entailed.  But from then on, when someone asked me what I wanted to do when I grew up, I pointed at the sky, or a passing aircraft and  answer : « that ».

 

You were assigned male at birth, and you are now a woman. When did you make that change? 

(Let me know if for the first part of this question you would like to see a different wording)

 

I was 30 years old when I began to understand that I was « different », and that this body was not mine. At the time, there was no internet nor TV shows dealing with trans-identity. A friend of mine introduced me to her neighbor, who was doing the transition. We met and talked, and she was the answer to all my questions. There was no medical team in Paris dedicated to trans-identity, and my first visit was a real nightmare : « you are an effeminate gay person ». That’s the only answer they gave me. It took  another 3 years to meet the right medical team in London and Los Angeles and I could finally begin my transition. I’d like to mention that I’m a « primary transgender » (transsexuel primaire) which means that there was probably a problem with my gender since I was a child.

 

How have your managers and co-workers reacted to your transition? 

 

It has been quite difficult and would be very long to explain. I began with permanently removing my facial hairs by electrolysis, and the hormonal treatment. Very quickly (6 months) I was neither man nor woman. I had become very androgynous. One of my bosses asked me to be more « masculine » on board. But at this point, while I was transitioning, it had become a near impossible thing to do.  A the beginning, they wanted to fire me… but finally, for the second time in my life, I meet THE good person. She was a Chief Flight Attendant, with office duties, and she understood the situation. « This is the biggest challenge in my career » she said. She helped me during the period of my transition. I left my job as a flight attendant for 18 months, and was assigned to office duties so that I could organise my appointments with doctors, attorneys etc….

 

 

Were there any particularly challenging moments for you at work related to the transition?

 

Well, the problems came AFTER my transition. I came back as Andréa. On my first flight,  a Chief Purser was there to check the reaction of my colleagues and passengers…. she was very disappointed when everything was « normal » and nothing special really happened. 

At this time, I did a lot of TV shows for my autobiography. Newspapers published articles about me and people were quite understanding and generally nice. But I began to have problems with Captains on my flights: « I don’t want a tranny on board my aircraft » said one of them… I was asked to leave “his” flight.  This happened several times, and still does. I had to deal with many other thing : death threats,  insults, beatings. It has  been going on for 16 years. It is very hard to take, very tiring. 

It has also  been difficult to progress with  my career. I understood that I would never move up the hierarchical ladder and become a Purser or Chief Purser, in charge for a group of Flight Attendants or all Flight Attendants on a flight, which would be the natural career progression as you grow senior. I wanted to become a Purser then a Chief Purser, but it was made quite clear to me that it was not an option. 

Someone once told me : « You are already very lucky to be working  in a warm aircraft, when your place would normally be working the sidewalks as a prostitute ».

 

What advice would you give to other people who are transitioning, and to their co-workers?

 

My advice  : leave your job, disappear, move and never say anything about your situation. If I could go back in time, that’s what I would do, knowing what I know now!

 

26 décembre 2016

Femme battue.

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Lorsque je me penche sur mon passé, je m'étonne moi-même d'avoir accompli et vécu tant de choses. Certes, j'ai un demi siècle, mais je doute que le commun des mortels aie vécu le quart de ce que j'ai vécu.

J'ai dernièrement été confrontée à une agression dans l'enceinte de mon immeuble de la part de l'un de mes voisin. Acte transphobe ? Je ne saurais le dire. J'en saurais plus prochainement puisqu'à ma demande, une confrontation a été organisée. Le monsieur en question semble ne pas apprécier les bonnes manières, les personnes bien élevées. Il semble d'ailleurs dénué de l'un et de l'autre. Néanmoins, cette agression a ouvert d'anciennes blessures que j'avais mise 4 ans à panser : les coups portés par mon ex-mari par deux reprises en 2012. Tout avait commencé par une claque, puis les violences sont allées créscendo jusqu'à m'amener à l'hôpital. Je parle rarement de cet épisode. Non que je sois dans le déni le plus total concernant les violences conjugales dont j'ai été victime, mais disons que c'est une période douloureuse de ma vie... une de plus. Et cette nouvelle agression, quelle que soit sa nature, est venue ouvrir des plaies qui s'étaient -à peu près- cicatrisées.

Ce qui me choque le plus, est l'indifférence à laquelle j'ai été confrontée à cette période de ma vie. J'ai vécu ma transsexualité, je l'ai menée à terme. Je l'ai voulue. C'est une conviction qui ne m'a jamais quittée. Au même titre que j'ai souhaité cette union avec cet homme, moi qui suis une solitaire endurcie par cette vie qui ne m'a pas toujours épargnée. J'ai vécu mon "rêve de princesse", la robe, les fleurs, les voeux et les alliances échangées. J'étais loin de me douter que cette union virerait vite au cauchemar. 

Les premières fois où j'ai été confrontée à la folie de mon ex-époux, j'ai trouvé refuge chez des voisins qui m'ont gracieusement ouvert leur porte et mise à l'abri le temps que la gendarmerie arrive. Ces gens ne m'avaient jamais salué auparavant, à peine échangé quelques mots. Puis les fois suivantes, j'ai fui. J'ai trouvé refuge chez des amis, un seul pour tout dire ! On se sent bien seule dans des situations de conflit comme celle-ci. Les gendarmes ne se déplaçaient même plus : "si votre mari vous frappe, c'est que vous le voulez bien" m'a t'on répondu un jour... "Vous avez été un homme, vous avez eû des couilles : pourquoi est-ce que vous ne lui foutez pas votre poing dans la gueule" ? Jusqu'au jour où j'ai posé LA question lors d'une nième visite à la gendarmerie : "ma transsexualité vous pose t'elle un problème" ? La réponse fût sans équivoque. Ces messieurs de la gendarmerie nationale se sentaient "mal à l'aise" en ma présence...

Je me souviens de mon passage à l'Unité Médico-Judiciaire dont dépendait ma commune. On m'a mise nue. Il faisait très froid. Le médecin m'a montré mes hématomes, les diverses blessures infligées par mon mari d'alors. La femme médecin m'a dit : "tout ceci est de votre faute, c'est que vous le voulez bien. Si vous retournez au domicile conjugal, la prochaine fois, c'est à la morgue que j'irai vous examiner". Je ne suis jamais retournée au domicile conjugal... Je devais être placée dans un centre pour "femmes battues" à Goussainville, mais l'assistante sociale m'a trouvé un hébergement provisoire dans une résidence hôtellière. J''ai trouvé une oreille attentive auprès de la police nationale. Une "vraie" écoute. J'ai demandé une ordonnance d'éloignement qui ne m'a jamais été accordée. J'ai vécu dans la terreur de voir mon mari apparaître à tout moment. On appel cela un "syndrôme de persécution". 

Mon divorce a duré près de 4 ans. J'ai failli perdre tous mes biens. Ceux que mes parents et mes grand-parents m'avaient laissés,  et ce que j'avais gagné durant une longue vie de labeur. J'ai commencé à travailler à 18 ans, tout en poursuivant mes études. La suite, vous la connaissez et je ne reviendrai pas dessus. J'ai souvent pensé que j'étais la seule parmi toutes les femmes divorcées, victimes ou non de violences conjugales, à avoir vécu un divorce aussi sordide car il n'y a pas d'autre mot. Lorsque je regarde autour de moi, lorsqu'il m'arrive de me confier à un proche ou une connaissance, je me rends compte que d'autres femmes vivent ce cauchemar au quotidien, et dans la durée. J'ai su partir à temps... avant qu'il ne soit trop tard.

Je suis une "belle" et "bonne" personne. Pas dans le sens littéral du terme, mais dans mon âme. J'ai toujours souhaité -et je m'éfforce encore- faire le bien autour de moi. Aussi, je ne peux pas comprendre que l'on puisse me faire du mal ou que l'on souhaite porter atteinte à ma personne, verbalement ou physiquement. Je ne me suis jamais battue de ma vie. J'ai le souvenir d'avoir un jour souhaité gifler une de mes cousine qui m'avait dit : "ta mère était une pute, et tu suis le même chemin". Mais ma main s'est arrêté avant même d'atteindre son visage. 

Il y a tant de cruauté en l'homme. Je me suis toujours demandé comment mon ex-mari était passé de "Prince charmant" à "tortionnaire"... mais lorsque je contemple le monde du haut de mon demi-siècle, je me rends compte que tout cela n'est pas très beau à voir. Je n'ai pas eu d'enfants. J'ai partagé quelques temps la vie de mes deux beau-fils avec lesquels je n'ai plus eû aucun contacte, et je ne le souhaite pas d'ailleurs. Quel avenir pour eux ? Il faut être fou ou inconscient pour vouloir mettre un enfant au monde, dans CE monde là ! 

J'aurais passé ma vie à me battre. Un jour, Roselyne Bachelot avec laquelle je m'entretenais dans le cadre de mon travail m'a dit : "nous vaincrons les méchants". Ce n'était pas gagné, déjà à l'époque, et bien moins encore maintenant. Néanmoins, je ne cesserai jamais le combat. Je me suis engagée il y a 15 ans maintenant à défendre la cause des personnes transsexuelles, et je continuerai. Une amie m'a dit dernièrement de laisser la place aux jeunes. QUI pour défendre notre cause ? Donnez moi des noms ? Je suis parfois révoltée lorsque je lis les recueils de mon amie Marie-Pierre Pruvost (alias Bambi). Elle relate des situations tellement humiliantes, blessantes, traumatisantes. Transposées dans le temps, elles le sont tout autant pour celles et ceux qui les vivent au quotidien. La transsexualité est un sacerdoce. C'est comme une croix que l'on porte sur son dos ou pire encore, l'étoile rose qui nous a été imposée par les allemands lors de la seconde guerre mondiale. Cette étoile rose qui nous a mené tout droit dans les camps de concentration où nous avons été exterminés.

Alors comparé à tout cela, les coups infligés par mon ex-époux, je les ai oubliés. Les plaies se sont refermées jusqu'à cette dernière agression. De quelque nature qu'elle soit, elle sera punie parce qu'aujourd'hui je suis plus forte et que si la vie ne m'a pas épargnée, elle m'a rendue plus déterminée que jamais. Et ce que je fais aujourd'hui, je le fais pour celles et ceux qui me succèderont. Je n'aurais aucuns remords ni regrets lorsqu'il sera l'heure de tirer ma révérence. J'aurais fait ce pourquoi j'étais destinée : faire le bien autour de moi, et rendre la vie de mes semblables plus enviable. Amen !

 

Nota : cette fin d'année a été particulièrement bien chargée puisque je viens de donner successivement deux interviews : une pour le New York Times qui paraîtra en début d'année, et une autre destinée à Médiapart. Un projet cinématographique est à l'étude, mais je n'en dirai pas plus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28 novembre 2016

Médaillée.

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Il aura fallu que j'attende la cinquante pour pouvoir enfin récolter les fruits de mes efforts. 32 années de bons et loyaux services. Dont 23 dans un avion et 21 chez le même employeur. 32 années de cotisations sociales. Toujours à temps plein. Certains de mes collègues me demandent "mais comment fais-tu ?". Je leur réponds que je n'ai pas le choix. Divorcée, sans enfants, mon ex-mari m'ayant laissé des dettes, je n'ai pas d'autre possibilité que de travailler à temps complet. Et pourtant, cela me pèse... je n'ai plus l'âge pour passer plus de 11 heures dans un avion, plus l'âge d'avoir la patience d'entendre les jérémiades de certaines personnes dont la vie semble ne tourner qu'autour de leur petite personne. Fatiguée de devoir faire des concessions, d'accepter parfois à contre-coeur de faire des choses parce que mon porte-monnaie et mon compte en banque ne me donnent pas d'autre choix que de les faire... 

Et là, me voici récompensée de la Médaille du Travail. Une cérémonie comme il se doit, à la mairie de la ville dans laquelle je réside. Un très beau discours d'un élu sur "le droit fondamental au travail" et quelques autres allusions qui m'ont fait penser que ce droit n'est pas donné à tout le monde. Je me retrouve soudain récompensée pour le devoir accompli, une médaille sur le revers de ma veste. "Je suis émue". Ce sont les premiers mots qui me sont venus à l'esprit lorsque cette récompense a été épinglée sur mon vêtement. Et puis tout mon passé m'est revenu à l'esprit. Il a fallu que je me batte pour pouvoir un jour avoir cette distinction. Je n'aurais jamais imaginé, un jour, vivre un tel évènement. Ce que certains prendraient pour une simple démarche a pris, a mes yeux, un sens autre ; et pour cause ! Le vilain petit canard dont personne ne voulait est devenu à la cinquantaine cette femme épanouie, sereine et -presque- heureuse que je suis aujourd'hui. Quand je repense à mon parcours professionnel, semé d'embûches, je me dis que finalement je ne m'en suis pas si mal tirée... mais ce n'est pas encore termné. J'arrive à l'âge fatidique où mon employeur, pour toutes les raisons que l'on connaît ET mon âge, aimerait bien se débarrasser de moi. Je suis arrivée à une période charnière de ma vie : celle des choix, des concessions et des changements. Je sens qu'une belle transformation est en train de naître. Comme un nouveau cycle qui s'enclenche. L'annonce d'un nouveau départ, l'amorce d'un changement. Lequel ? Je ne saurais le dire.

Cette fin d'année aura été pleine de surprises : le New York Times qui me consacre un article dans sa parution du dimanche en décembre, la remise de cette médaille du travail ainsi que quelques personnes que je ne m'attendais pas à rencontrer. Je suis prise dans ce tourbillon comme en 2001 lorsque mon auto-biographie m'a amenée sur tous les plateaux télé, dans les pages de magazine et que ceux qui m'avaient ignorée et traitée comme une impie étaient alors comme pendus à mes lèvres, dans l'expectative de chacune de mes apparitions et de mes interviews. Je n'ai jamais cherché la célébrité ni aucune reconnaissance de quelque manière que ce soit. J'ai juste souhaité être "entendue" dans mon combat. Combat que je n'ai pas mené pour moi (un peu quand même !), mais pour ceux qui m'ont succédée et me succèderont. J'ai été suivie par certains, laissée en chemin par d'autres. J'en resors vivante et bien plus forte encore. Plus qu'un discours militant, c'est un discours d'espoir que je souhaite laisser derrière moi. Vous avez des convictions ?  Menez les jusqu'au bout. Peu de gens en sont capables. Et ceux qui vous maltraitent, vous méprisent, vous ignorent, laissez les sur le bas côté de la route : un jour où l'autre la vie le leur rendra... au centuple. Cela s'est avéré vrai dans mon cas.

15 années se sont écoulées depuis le début de mon histoire. Que de chemin parcouru... et aujourd'hui une médaille ! Qui l'eût cru ? Ne désespérez jamais, ne laissez jamais les autres vous mettre à terre. La vie est un combat. Tu te bats ou tu te fais bouffer. J'ai choisi le combat plutôt que la défaite. Je ne sais pas combien d'années il me reste à vivre, mais je sais que jamais je ne baisserai les bras et si je suis un exemple pour certains d'entre vous, j'en retire une grande fierté, avec certes beaucoup d'humilité.

N'abandonnez jamais.

 

29 octobre 2016

Cluedo ou "Qui a tué Andréa Colliaux" ?

"Ce qui ne me tue pas me rend plus fort" écrit Friedrich Nietzsche (in. "Ecole de la guerre et de la vie").

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Et, durant  toutes ces années, au fil des catastrophes que j'ai du surmonter, les moments difficiles, les conflits, les heurts, les incompréhensions, les injustices et j'en passe, j'ai pensé la même chose. Mais jusqu'à que point ? On me demande souvent : "mais comment faites vous ? A votre place, il y a longtemps que je serais morte". Et ces personnes n'ont pas tort, car je me le demande moi-même. J'ai dernièrement été invalide en raison d'une lourde opération du genou et j'ai eu tout le temps de penser. Chose devenue rare de nos jours pour nos contemporains, raison pour laquelle je suis friande d'auteurs plus anciens, Nietzsche en est la preuve, malgré le fait que je penche plus pour Lacan. Bfef.

Mon ex-mari, ce charmant homme, m'a dit un jour : "t'aurais du crever avec ta mère". Et ce n'est pas faux car poly-traumatisée comme je l'étais, je me demande moi-même comment j'ai survécu à un tel carnage (cf. accident de voiture de mes parents le 31 mai 1973). Je serais donc déjà morte une première fois, en 1973 avec père et mère. Parfois je culpabilise en y pensant. Pourquoi moi ? Y'a t'il un raison pour que cet enfant de 7 ans survive à une telle catastrophe ? Et plus les années passent, plus je me dis que probablement, Dieu (s'il existe ou quel que fût son nom) m'a laissée la vie pour une bonne raison. Je n'ai cependant pas encore trouvé laquelle...

Lorsque je repense à ces années passées auprès de mes tuteurs, entre 1973 et 1983, ces 10 années me paraissent une éternité. Le manque d'amour et d'affection ne m'ont pas tuée non plus. Plus tard, lorsque mes deux familles sont rentrées en guerre, je me suis retrouvée là, au milieu, impuissante, et je n'ai pu que subir la haine qui animait mes deux familles. Et bien plus tard encore, à mon adolescence, j'ai pu prendre conscience du chemin que j'avais fait, seule, et je m'estimais heureuse d'être encore debout et à peu près équilibrée. Quel autre enfant aurait survécu à cela ? L'orphelinat aurait il été plus enviable qu'une famille haineuse en tous points. Avec les années, des paroles, des souvenirs me reviennent -non, je ne suis pas sénile !- et je me rappelle de ce que m'a dit un jour mon grand-père : "la juge des tutelles t'a placée auprès de nous afin que nous t'amenions toi et ton héritage jusqu'à ta majorité. N'en demande pas plus"... Voici résumé en quelques mots le contexte dans lequel je me suis retrouvée après avoir perdu père et mère.

La vie ne m'a pas épargnée. J'ai connu les années Sida, j'ai perdu beaucoup de mes amis/es, et là encore je me suis sentie impuissante. J'évoluais dans un univers parallèle à celui de mes contemporains. Je suis rarement sortie dans les clubs gay, à l'exception du Palace, du Privilège, du Boy et du Queen. J'étais en quête d'Amour et c'est probablement ce qui m'a sauvée. Loin des dictats d'alors, je ne me reconnaissais pas dans les relations d'un soir. J'ai eû la chance de faire de belles rencontres, de vivre de belles histoires, plus ou moins longues, pour lesquelle je l'avoue j'ai une certaine nostalgie. Une en particulier, mais je ne peux pas tout vous dévoiler. On m'a souvent "quittée", plus que je ne suis partie de mon propre chef. Allez savoir ? Ce monde parallèle peut-être dans lequel je ne me reconnaissais pas et dans lequel je ne trouvais pas ma place. Je dirais qu'entre 1983 et 1995, ma vie a été un tel chaos : j'ai connu la faim, l'errance, la peur, le froid, l'incertitude, le rejet, l'indifférence, le mépris, la haine... je me souviens d'épisodes à l'ANPE à l'époque : "nous n'avons rien pour les gens comme vous ici". Je revois cet employé, sa bouche crispée de dégoût en ma présence. J'habitais alors dans un petit studio dans le quartier Montorgueil. J'en garde des souvenirs tendres. Un petit immeuble qui donnait sur une petite cour. Il m'arrivait de passer des semaines sans sortir, tellement le monde extérieur me semblait cruel. C'était le temps des T.U.C. (Travaux d'Utilité Collective) et autres contrats précaires. Des contrats "emploi/formation". La formation n'arrivant jamais ! Des petits contrats en intérim, et le reste (voir "Famille chérie")... Je n'ai cependant jamais baissé les bras et une fois de plus, c'est debout et à peu près "alignée" que je me suis sortie de ce marasme qu'était ma vie.

Puis les choses se sont accélérées entre 1995 et 2001, date de mon changement d'identité. J'avais la sensation de détenir un tel pouvoir, une telle rage en moi que j'aurais pu abattre les montagnes ! J'ai fait face à l'ignominie des équipes médicales de Saint Anne, fait face à mon employeur, à l'administration et à la République Française. Rien ne pouvait m'arrêter. J'ai multiplié les boulots, les CDD, failli perdre l'héritage que m'avaient laissé mes parents, failli perdre mon appartement. Mais rien, ne me semblait impossible. J'avais survécu à tant et tant d'évènements que j'avais la sensation que rien ni personne ne pourrait m'atteindre ni se mettre sur mon chemin. A cette époque, je n'avais aucun scrupule à laisser sur le trottoir les personnes qui ne voulaient pas me suivre. J'ai perdu beaucoup de ceux que je pensais être mes amis/ies, je me suis mise beaucoup de gens à dos. Mais je ne regrette rien. C'était un combat, celui d'une vie, un combat de la vie sur la mort.

Le 11 avril 2001, lorsque je suis rentrée à la clinique à Brighton pour subir mon intervention de chirurgie de réassignation sexuelle, le chirurgien est venu me rendre visite. Il fallait que je signe un nombre incroyable de "décharges" en tous genres : perforation de la vessie, des intestins, complications, nécroses en tous genres. L'issue fatale étant la mort. J'ai signé en toute conscience. La veille au soir, nous étions allés dîner dans Brighton. C'était peut-être le dernier repas de Bruno, et Andréa n'aurait peut-être jamais vu le jour le lendemain ? Je suis partie sereine au bloc opératoire. Je savais de manière pertinente que cette intervention chirurgicale comportait des risque et que je pouvais en mourir. J'étais accompagnée de la personne en laquelle j'avais le plus confiance et je lui avais fait promettre que, quoi qu'il arrive, le prénom de "Bruno" ne soit mentionné nulle part sur une quelconque sépulture. Je me suis réveillée, 6 heures après, et j'étais vivante, une fois de plus.

Depuis lors, j'ai perdu la foi. Pour des raisons multiples. Moi qui étais une fervente pratiquante et qui avait, en son temps, souhaité rentrer dans les ordres. Peu avant mon intervention, je suis partie faire une retraite dans un monastère près de Nice. Mais je n'ai jamais perdu foi en moi. La vie ne m'avait pas épargnée ; une vie semée d'embûches, mais je suis devenue un roc. Pas seulement pour moi, mais aussi pour vous qui me lisez et quelques personnes que l'on met sur mon passage. Je suis celle à qui l'on vient volontiers parler de ses problèmes, de ses petits bobos de la vie. Tout me paraît tellement "superficiel" au regard de ce que j'ai du affronter dans cette vie. Je n'ai pas d'attaches, les choses matérielles sont devenues tellement peu importantes. Je m'attache à la vie, à ma vie. Je fais place nette de tout ce qui pourrait entraver mon épanouissement et mon évolution personnelle. Il y a bien longtemps que je n'ai plus d'illusions quant à ma vie professionnelle.  Mon employeur m'a plus souvent humiliée qu'il ne m'a mise en avant. Pas d'évolution de carrière. Mon travail est purement alimentaire et j'avoue n'en retirer aucune satisfaction, si ce n'est celle de ne pas avoir à me vendre comme le font hélas bon nombre de mes consoeurs. 

Il y a peu, je repensais aux derniers mots de ma tutrice sur son lit de mort. Alors que je lui demandais si elle ne m'avait jamais aimée, elle m'a répondu : "ne me demande pas cela, c'est au delà de mes possibilités". Les mots "regret" et/ou "remord" ont été totalement occultés de mon vocabulaire. Toute ma vie durant, j'ai fait le bien autour de moi, sans jamais ne rien demander en retour. Aujourd'hui, je ne souhaite qu'une chose : vivre en paix. Et pour cela, je ne laisserai rien ni personne s'opposer à ma sérénité, à ma paix intérieure parce qu'enfin, après 51 ans, j'ai fait la paix avec moi-même et surtout avec ceux qui, durant toutes ces années, se sont acharnés à me rendre la vie encore plus difficile ou à semer mon chemin d'embûches. 

Ma tutrice me disait souvent : "tu es née sous une mauvaise étoile". Elle avait tort.

J'ai eû mille raisons de mourir, mais je suis encore vivante, et je compte bien  le rester encore longtemps. Vous n'avez pas fini de me lire !

 

01 septembre 2016

Famille chérie.

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J'ai reçu, il y a quelques temps déjà, un courriel d'un membre de ma famille qui souhaitait rester anonyme (avec une adresse courriel qui va bien) me demandant des photos du "père Colliaux" et de la "tante Madeleine". Le bien nommé "père Colliaux" n'étant autre que mon grand-père paternel, et la "tante Madeleine", ma grand-mère maternelle, tous deux mes tuteurs suite au décès de mes parents le 31 mai 1973. N'ayant plus de nouvelles de ma "famille" depuis bien longtemps, cette demande est donc restée sans réponse. Et puis je ne possède aucune photo de mes grand-parents pour la simple et bonne raison que depuis la mort de mon grand-père en 1998 et de ma grand-mère en 2006, ils ont amené avec eux nos souvenirs communs et j'ai tiré un trait sur les dix années passées sous leur joug ; oh pardon, leur "tutelle". (1973-2003). Je n'ai plus aucun contact avec ma famille, tant paternelle que maternelle, à l'exception d'une petite cousine "à la mode de Bretagne" qui a toujours été présente, malgré la distance et nos emploi du temps.

J'ai été placé sous la tutelle de mes grand-parents paternels en 1973 par la juge des tutelles. La bataille faisait rage entre ma famille paternelle et ma famille maternelle. J'ai peu de souvenirs de mes grand-parents maternels. De vagues souvenirs d'un appartement dans le XVè arrondissement de Paris puis d'une maison perdue dans un village en Normandie. Si j'ai été convié à l'enterrement de ma grand-mère maternelle, je ne l'ai pas été pour le décès de mon grand-père maternel, j'étais devenue persona non grata aux yeux de mon oncle, frère de ma petite maman, suite aux révélations faites dans mon auto-biographie parue en 2001. "Un tissus de mensonges" : non, la vérité, crue. Ils ont eû du mal à l'entendre.

J'ai été émancipé en 1983 à l'âge de 17 ans. Ma vie était devenue un enfer avec un grand-père absent et une grand-mère hystérique. De toute façon, mon grand-père me l'avait dit : "nous avons été mandatés par la juge des tutelles pour t'amener jusqu'à ta majorité et protéger l'héritage de tes parents. Après tu te débrouilles". C'est ce que j'ai fait. J'ai toujours été une personne très indépendante. Je n'ai pu compter que sur moi-même. Pour mes lessons d'anglais comme pour tout le reste. Je me souviens que mon grand-père me faisait réciter mon anglais, il n'y comprenait rien, il faisait semblant. C'est un moment qui m'est cher puisque c'est l'un des seul moment heureux dont je me souvienne. Ma grand-mère, ancienne "surveillante générale des Hôpitaux de Paris", appelée aussi "ma gouvernante" par mon grand-père menait ses proches à la baguette. Je n'ai pas le souvenir d'un câlin, d'un moment de tendresse. J'ai passé ma petite enfance trimballé de psychiatres en médecins en tous genres, j'étais semble t'il très "fragile". Ma grand-mère me disait souvent que j'étais "né sous une mauvaise étoile". Elle me le répètait sans cesse... Ce n'était certes pas faux, mais je n'avais pas envie de l'entendre en permanence. Je me suis rendu compte que j'étais passé à côté de quelque chose lors de la mort de mon grand-père.  Paradoxalement, je le voyais comme une personne méchante, mais c'était un homme de la campagne et les sentiments, ce n'était pas son truc. Nous avons passé des moments magnifiques en forêt, l'hiver à glisser sur les bruyères, et dans la cabane qu'il m'avait construite au fond du jardin. Ce qui ne l'a pas empêché d'empoisonner mon petit chien la veille de mon départ. J'ai retrouvé mon pauvre Bobby dans une boîte en carton, sous le canapé : "comme ça tu ne pourras pas l'amener avec toi". Ce petit chien était toute ma vie. Je l'avais eû peu après la mort de mes parents. Il m'a énormément aidé à surmonter cette perte. C'était mon confident, mon meilleur ami. J'étais bien seul alors. Les enfants de mon quartier m'avait surnommé "l'orphelin"... Je me suis donc rendu-compte de mon erreur lorsque j'ai eû la charge de ma grand-mère. J'avais promis de veiller sur elle, ce que j'ai fait, jusqu'à sa mort. Je n'ai rien à me reprocher. Vous m'avez élevé, j'ai veillé sur vous. Nous sommes donc quittes.

J'ai hérité de mes parents, et je me suis installé à Paris. Dans le quartier Montorgueil puis dans Les Halles. J'ai terminé mes études et je me suis lancé sur le marché du travail. Dans les années 80, il y avait du travail et Pôle Emploi s'appelait l'ANPE. Je n'y ai jamais été bien reçu. Trop éffeminé, trop "gay", trop... Bref, j'ai fait de l'intérim durant quelques années, mais les fins de moi étaient souvent difficiles. Lors de mes errances nocturnes, j'avais remarqué une petite annonce sur la devanture d'un petit théâtre de la rue Saint Denis, le "Théâtre Saint Denis" pour le nommer. Je me suis présenté. Il s'agissait de faire du strip-tease pour messieurs. Le show avait lieu le soir. Nous étions plusieurs garçons. Evidemment, je ne me voyais pas du tout faire cela : le porte-monnaie a eû raison de ma réticence. J'ai été dirigé dans mon show par Mika, une ancienne actrice de films X reconvertie et par Stanislas qui par la suite est devenu un ami très cher. Le régisseur, Rémy m'adorait. Je faisait mon show sur "Ride on time" de Black Box. J'avais mon petit succès. Cela me rapportait un peu et je pouvais payer mes factures et manger à peu près à ma faim. J'attendais dans les loges entre chaque passage, avec les autres garçons et "les filles" qui faisaient des shows dans des cabines privées. Je me souviens de cette fille qui venait avec son petit garçon car elle n'avait personne pour le garder. Je me souviens de tant de choses car c'est une période difficile de ma vie mais durant laquelle j'ai rencontré des personnes merveilleuses, vraies, sincères ; certes tout aussi paumées que moi, mais entières et sans faux-semblant. Nous formions une sorte de "troupe" de show-boys et après le spectacle, nous attendions que ces messieurs soient sortis de la salle pour ne pas être importunés et nous allions manger un morceau ensemble avec le cachet de la soirée. J'étais seul et je n'avais donc de comptes à rendre à personne. Faute de public le show s'est arrêté. Que de souvenirs ! 

Je n'ai aucune honte et je parle volontiers de cette période de ma vie. J'aurais pu finir "micheton" ou prostitué sur les grand-boulevards, mais je n'en ai rien fait. J'ai toujours été très lucide et, puisque personne ne pouvait le faire pour moi, j'ai toujours pris grand soin de moi et je me suis protégé de tout ce qui pouvait être néfaste ou contraire à mes principes. Aujourd'hui encore, je me produis sur quelques scènes parisiennes sous le pseudonyme de "Coco Paimpol", danseuse de pole-dance et Burlesque. Plus dans le petit théâtre de la rue Saint Denis, mais dans des endroits bien plus glamour et confortables pour des messieurs très "comme il faut". Je ne suis pas miséreuse -et encore moins misérable- cependant mon salaire ne me permet pas de m'offrir de petits plaisirs comme de belles vacances, des soirées au restaurant ou de jolis vêtements, mon ex-mari m'ayant laissé des dettes que je dois assumer jusqu'en 2018. Et tout ceci m'amuse tellement. Le vilain petit canard s'est transformé en une belle créature qui se produit dans les plus beaux endroits des nuits parisiennes devant tous ces messieurs qui aimeraient tellement m'avoir à leur bras -au mieux dans leur lit ! Oui chère grand-mère, je suis "né sous une mauvais étoile", mais j'ai utilisé tout ce qui semblait être à mon désavantage pour en faire des atouts et quels atouts !

Je n'ai donc aucuns regrets, je n'en veux à personne. Je pardonne à ma cousine qui m'a dit que ma mère était "une pute" et que je suivais le même chemin qu'elle ; je pardonne à mon cousin qui m'a dit que j'étais une "pièce rapportée qui n'a jamais fait partie intégrante de cette famille" ; je pardonne à ceux qui m'ont laissé tomber en chemin ; ceux qui m'ignorent lorsque je les croise ; ceux qui me toisent parce qu'ils se croient supérieurs ; ceux qui pensent que mon état fait de moi un monstre. Cependant, je ne laisserai rien ni personne se mettre en travers de mon chemin ni me faire du mal. S'il y a bien quelqu'un qui veille sur moi, c'est bien moi !

Comme le disait la môme Piaf : "Use your faults, use your defects ; then you're going to be a star".

 

NOTA : une partie de ce texte est écrite au masculin puisque les faits relatés sont antérieurs à mon changement d'identité en 2001.

08 juillet 2016

Vieille hôtesse.

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J'ai atteint l'âge de la maturité. Pas seulement sur le plan personnel, mais aussi professionnel. Je suis à un âge où je devrais occuper un poste dans l'encadrement, voir la maîtrise. Ce qui n'est pas le cas, et ne le sera jamais semble t'il. Rappelons nous qu'en 2001, lorsque j'ai repris mon activité professionnelle, mon DRH de l'époque m'a accueillie par un : "vous êtes mieux dans un avion chauffé plutôt qu'au bois à vous peler les miches". Directeur des Ressources Humaines... qu'avait il d'humain cet homme là ? J'étais cependant heureuse d'avoir un travail. Qui plus est dans une entreprise aussi prestigieuse. Une femme trans qui porte les couleurs de la France et la représente à l'étranger. Sylvie Joly aurait dit : "une française à l'étrange ne peut pas être médiocre". Et j'ai tout fait pour ne pas l'être. J'ai montré des années durant mon attachement, ma motivation en me prêtant à toutes les propositions qui m'étaient faites. J'ai postulé à tout -ou presque- sans jamais avoir l'honneur d'être conviée, promue, juste prise au sérieux, écoutée, entendue ? 

Lorsque j'ai "embrassé la carrière" en 1992, il fallait passer un diplôme d'état délivré par la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC) appelé le Certificat de Sécurité et de Sauvetage (CSS). Diplôme qui a disparu depuis avec les nouvelles règlementations européennes. Ce diplôme était payant, et devait être validé par un certain nombre d'heures de vol (60), elles aussi payantes. C'est comme si vous achetiez des billets d'avion, à hauteur de 60 heures afin de valider votre diplôme. Je l'ai mérité cette carrière, croyez-moi. 11400 heures de vol, presque autant de décollages et d'atterrissage ! (si l'on ne prend pas en compte mes 3 ans de vols "charter" sur des vols de longue distance). 

Parce que voyez-vous, "hôtesse de l'air" n'est pas un métier de tout repos. Vous pensez aux escales lointaines, aux beaux hôtels, aux petit-déjeûners sur les bords de la piscine à Singapour ou Bangkok, shopping à N.Y., roller à Los Angeles. C'est F I N I.. Aujourd'hui, le maître mot est  R E N T A B I L I T E  et il faut rentabiliser son personnel. Paris-Milan-Paris-Munich-Paris. 10h30 dans un avion, 4 embarquements, 4 décollages, 4 services, 4 atterrissages, 4 débarquements, 50mn entre chaque vol et hop c'est reparti. 4 jours par semaine, 6 si vous êtes endurant et que vous avez choisi l'option "rotations longues". "Hôtesse de l'air" c'est aussi endurer les humeurs et les gros caprices de certains passagers. C'est être un peu psy parfois. Sans oublier que le CSS dispense aussi une partie "secourisme" qui vous amène à pratiquer un accouchement, un massage cardiaque, l'utilisation d'un défibrilateur semi-automatique (celui que l'on trouve dans tous les lieux publics et les centres commerciaux). Et pourtant, dès que la porte de l'avion se ferme, la magie opère toujours. Lorsque celui-ci fend les airs, je me rapproche un peu plus de l'extase (merci Henry-Jean) mais aussi un peu plus de mon papa et de ma maman, partis trop vite. Le glamour, on le trouve là où l'on peut, même s'il se fait de plus en plus rare... Mais j'y crois encore !

Toutes les personnes qui ont commencé leur carrière au même moment que moi occupent maintenant des postes importants. Je suis la seule à devoir me plier parfois aux exigences manageriales de personnes beaucoup plus jeunes que moi et pour qui le mot "management" prend parfois des allures de "dictature". Mais je m'y accorche à mon travail parce que l'on ne cesse de me rappeler que j'ai "tellement de chance" d'en avoir un ! Mon changement d'identité n'a pourtant pas altéré mes capacités intellectuelles. Quel est le problème. Les personnes trans doivent elles être reléguées au second plan. Doit-on les cacher ? Entre la peste et le choléra, que nous reste t'il ? 

Pourtant, j'y croyais. Je voulais "faire carrière". Partager mon savoir, mes expériences. Force est de constater que je suis toujours celle qui, au fond de l'avion, prépare les repas et remplit les bouilloires ! Qu'importe. J'ai un travail, je m'y tiens, et puis c'est mieux que le bois... j'ai fini par y croire. Dernièrement, une de mes collègue, faisant partie de l'encadrement m'a dit qu'il n'y avait pas de honte à finir "vieille hôtesse". Je ne sais pas comment je dois le prendre. Evidemment que je n'y vois aucune honte. Simplement, j'aimerais que l'on me donne ce dont j'ai droit : une reconnaissance pour les 23 années passées dans un aéronef. 23 années de bons et loyaux service à rendre honneur au drapeau peint en trois couleurs sur les empennages desdits aéronefs ! 

MAIS, car oui, il y a un MAIS : je suis une personne ayant suivi un parcours transsexuel. Un personnage "emblèmatique" de ma corporation, dixit un autre DRH (compréhensif celui-là). Et c'est là que le bas blesse. Pas d'opportunité de carrière. "Vieille hôtesse". Point. Tu es là, tu t'en contentes et tu fermes ta gueule. Tolérée (tout juste) ; quant à être acceptée, c'est une autre histoire. Car à 50 ans, même si l'on a encore de beaux restes, vos viscères vous rappelent souvent à l'ordre. On ne pousse plus son petit chariot de 75kg bourré de friandises et de boissons comme lorsque l'on en avait 35. C'est justement la raison pour laquelle il y a une évolution de carrière parce qu'à un âge certain, avec la maturité, l'expérience, on passe du temps dans un bureau à partager ses connaissances, ses expériences. Alors lorsque j'ose me plaindre d'être fatiguée de travailler à 100% depuis 23 ans, on ose me répondre d'accepter un poste "au sol", payé... comment vous dire. Je n'ose même pas tellement c'est méprisant et méprisable.*

Elle est où ma carrière ? Ils sont où les jolis galons sur mon uniforme ? Je n'y crois plus. Je ne peux que rêver au fait qu'après avoir été la première transsexuelle de l'histoire de l'aviation française, je serai la première "chef hôtesse" transsexuelle dans une entreprise de transport aérien sur le sol français. Mais ça, c'est dans mes rêves.

Tu finiras "vieille hôtesse". Point. Sinon, y'a le bois, au choix...

 

* j'ai commencé à travailler à l'âge de 18 ans. J'ai commencé ma carrière d'hôtesse sur le tard.

 

 

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17 juin 2016

Une femme française.

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Je n'étais jamais allée sur un moteur de recherche afin d'obtenir des informations sur Daesh ni sur l'Etat Islamique avant aujourd'hui. Mais en revenant de faire mes courses, force est de constater que "la femme française" est en voie de dispariton... beaucoup de femmes voilées, fantômes qui aimeraient disparaître sous leur grande robe noire, le regard pourtant accusateur à la vue d'une femme qui porte un jean's slim et un chemisier qui laisse deviner sa poitrine. Nous sommes en plein Ramadan, en état de guerre. Orlando, Magnanville, cela fait froid dans le dos. Sortir faire ses courses relève de l'exploit... ou presque. Et pourtant, je n'ai pas baissé les yeux devant les leurs qui semblaient vouloir me dire que j'étais une "mécréante", puisque c'est le terme approprié me semble t'il. J'ai quitté le centre commercial. Sur mes gardes dans le parking. Ces fanatiques isolés, fous de dieu sont prêts à tout.

Je suis rentrée chez moi, et beaucoup de choses du passé, de mon passé d'enfant me sont revenues. Je suis née 20 ans après la fin de la seconde guerre mondiale. Il n'y avait pas la crire, pas de Pôle Emploi, peu d'immigrés. Principalement portuguais et italiens. La minorité se voulait plus française que les français. Combien ont francisé leur nom ? Nous vivions tous en parfaite harmonie. Il y avait de la petite délinquance, la bande à Bader en Allemagne, l'IRA en Grande-Bretagne, les Brigades Rouges, quelques énnemis publics... mais nous vivions en paix. Je me souviens de mon meilleur ami d'école, il était d'origine portuguaise. Il y avait une sorte de peur à l'égard de ces personnes, on les appelais "les portos" et "les ritals". Tout ceci ne me semble pas bien méchant au regard de ce qui se passe aujourd'hui. En faisant mes achats, j'ai eu envie d'aller vers ces femmes. Quels sont leurs desseins ? Ce choix de vie est il un choix personnel ou cela leur est il imposé ? Je me serais encore posée la question il y a quelques semaines encore, mais j'ai la réponse à ma question. Bref. Nous vivions donc en parfaite harmonie : les français, les portos, les ritals, la communauté asiatique étant encore peu présente sur notre territoire. J'ai vécu les plus belles années de ma vie, dans l'insouciance la plus totale, sans la peur de "l'autre" jusqu'à ces derniers mois où notre quotidien est devenu tout autre. Rentrer seule la nuit à son domicile dans les années 80/90 n'était pas un problème. Je me souviens d'avoir quitté Les Bains ou Le Privilège fort tard dans la nuit et d'être rentrée seule, sans le moindre problème. Paris aujourd'hui est devenue une jungle, une ville de non droit. Comme dans beaucoup d'autres grandes villes au demeurant. Au prétexte de la liberté de chacun, tout le monde semble se donner le droit de faire n'importe quoi. Prendre les transports en commun relève de l'expédition. L'incivilité au volant, n'en parlons même pas... J'ai du faire teinter les vitres de ma voiture afin d'avoir une paix relative lorsque je suis arrêtée à un feu tricolore. 

Mes collègues, mes amis s'appellent Nora, Youssef, Lakdar, Karim et tout semble si simple en leur compagnie. Je ne vois pas en quoi ils sont différents de moi. Je ne vois pas la couleur des gens ni leur religion. Je vois la personne en ce qu'elle a de beau, sa personnalité, sa gentillesse, son éducation, mais en aucun cas je ne vois autre chose. Et je veux bien croire celles et ceux qui se sentent stigmatisés parce que je le suis aussi, non pas en raison de mon origine éthnique ni de ma religion, mais simplement parce que je suis différente. A cette différence près que je ne suis pas une criminelle, une ire sanguinaire qui tue au nom d'un dieu dont on ne sait même pas s'il existe ni quelles seraient ses intentions à l'égard des pauvres mécréants que nous sommes. Chaque jour depuis le 13 novembre dernier, des innocents meurent, lors de soirées festives, au hasard dans la rue et maintenant dans l'intimité de leur domicile. Quelle hypocrisie ! 

Pour en revenir à ma démarche sur ce moteur de recherche, je n'ai trouvé que de la haine, des horreurs, des têtes coupées alignées tels des trophées, des femmes traitées comme des esclaves, des messieurs que l'on jete du haut d'un immeuble parce qu'homosexuels. QUI a décidé que ces personnes étaient destinées à un tel destin tragique ? QUI a le droit de juger du bien et du mal ? QUI peut se substituer à une hypothétique puissance divine pour décider de ceux qui doivent vivre de ceux qui ne le doivent pas. QUI ?

J'ai reçu, par le passé, des lettres de menaces de mort dans le cadre professionnel. Je connais la haine, le regard de l'autre, la méfiance, les préjugés et ce à quoi ils mènent. Au grand jamais je n'aurais pensé qu'un jour je me serais retrouvée de l'autre côté. Je n'ai pas de haine ni de rancoeur à l'égard de ceux qui ont proféré ces menaces à mon égard. Juste de la compassion. La tristesse de me dire que ces gens n'ont rien compris, du sens de la vie j'entends. Et je me retrouve donc de l'autre côté. Je jauge l'autre en me demandant s'il est une menace pour moi et de quelle manière je vais pouvoir contrecarrer ses attentions maléfiques à mon égard. Car il s'agit bien du "mal" au sens propre du terme. Devons nous accepter de vivre la peur au ventre, parce que nous sommes des "mécréants" ? Dans notre vie quotidienne, professionnelle, privée ? Je refuse que ma liberté puisse être entravée par quelques fanatiques, quels qu'ils soient. Parce qu'il y a des fanatiques partout et, ayant parcouru le monde de part mon travail, je sais de quoi je parle. Toutes les formes de fanatisme sont à proscrire et à combattre.

De quoi notre avenir sera t'il fait ? La quatrième guerre mondiale est elle pour demain ? C'est une guerre contre une idéologie venue tout droit du moyen-âge où toute différence est proscrite. Une idéologie basée sur la haine, l'intolérance, le mépris, dont le fond de commerce est l'ignorance et le mépris. J'ai mal pour celles et ceux endeuillés parce qu'ils ont perdu un proche lors des attentats ; mal pour ma communautée visée à Orlando ; mal pour ce petit garçon de 3 ans orphelin de père et de mère qui a du vivre en direct l'assassinat de sa mère égorgée par un fou. Puissiez vous tous reposer en paix. Pardonner peut-être. Rien n'est moins sure...

 

 

 

 

 

 

 

Posté par Lou_Andrea à 18:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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