21 mars 2009
Sursis.
C'est un samedi soir où je me sens d'humeur à la confidence. Une belle journée de printemps, mais cependant, mon esprit est à la morosité. J'écoute Dalida qui me dit qu'"On est une femme à 40 ans"... je viens d'en avoir 43 il y a quelques jours. Une femme fatiguée et usée par la vie et surtout par ces six derniers mois qui ont été pour moi et mon compagnon un véritable calvaire. Je remercie mes amies sur ce site -elles se reconnaîtront- qui ont été présentes, à chaques instants, même les plus difficiles.
Je vous livre donc toute l'histoire telle que je l'aie vécue et je vous dirai pourquoi, aujourd'hui, je peux vous exprimer, vous dire les choses et pourquoi je n'ai pas pu le faire auparavant.
J'ai beaucoup travaillé professionnellement pour accèder au grade supérieur, à celui de "chef de cabine"dans mon entreprise.
C'est la personne qui vous accueille à la porte de l'avion. A 43 ans, c'est un âge honorable pour accèder à ce status ! Hélàs, j'ai échoué à mon examen une fois de plus. L'hiver avait été lui aussi très long et très difficile : suspicion de cancer du côlon, six mois pour pouvoir passer une coloscopie et une fibroscopie (ah, les bonheurs de la grande banlieue) et puis le quotidien qu'il faut parfois subir, les hauts et les bas. Vous connaissez vous aussi non ?
Le 17 juin dernier, je devais m'envoler pour Vienne, et puis tout a basculé : "recalée" à mon examen. Après tant d'efforts, une carrière comme la mienne, j'ai très mal pris la chose. Je suis rentrée chez moi, et mon compagnon m'a retrouvée quelques heures plus tard, sans connaissance, devant ce même ordinateur d'où je suis en train de vous écrire aujourd'hui. J'ai été hopsitalisée deux jours : 7.6 de tension (hypotension). J'avais fait une "intoxication médicamenteuse" (j'avoue que ce Négroni et ce Motilium en sus de mon traitement hormonal n'ont pas fait bon ménage !). Bien vite, l'ex-femme de mon compagnon a pris ce prétexte pour m'évincer de la vie de son ex-mari et de ses deux enfants que j'élève aussi lorsqu'ils sont présents avec nous. Le couperet est tombé le 25 juillet au matin. Un huissier a sonné et nous a déposé une assignation en référé devant le juge aux affaires familiales du Tribunal de Grande Instance du département dans lequel je vis. La torpeur, une si belle journée, à prendre mon café en peignoir dans mon jardin. Ne connaissant pas encore la teneur de ce dossier, je m'étonne mais bien vite je comprends : Les premières pages reprennent les modalités de la garde partagée des enfants ; la pension alimentaire et tout le tralala.
Puis viennent ls accusations :
- Mer X a refait sa vie avec un transsexuel connu ;
- Il partage désormais sa vie avec Lou Andréa C. ;
- Depuis plusieurs mois, les enfants sont en grande souffrance et vivent très mal les périodes passées chez leur père ;
- Plus récemment, Lou Andréa C a même fait une tentative de suicide** devant les enfants, n'hésitant pas à prendre Fabrice* comme témoin, refusant même de le lâcher jusqu'à l'intervention des pompiers ;
- Mer X (...) semble soumis à l'insistance et aux desideratas de sa compagne et entend forcer les droits de visite et d'hébergement alors que les enfants sont en état de choc ;
(...)
Je vous fais grâce du reste : "relation étouffante ", "chantage affectif", "souffrance de Fabrice*", instabilité de l'autre enfant qui "accuse des retards de langage" et "parle très souvent de mort".
L'ex-femme demande donc "à ce que soient revus les droits de visite et d'hébergement dévolus à son ex-mari".
A la veillle des vacances, elle demande que ses enfants puissent partir en vacances avec leur père, "à la condition expresse que Lou Andréa C. ne soit pas présente au cours de ces vacances".
Viennent ensuite des pages et des pages de lettres de ses proches, des attestations de personnes que je n'aies jamais vues, des photos prises sur mon blog ou sur internet. Un dossier énorme, qui respire l'acharnement et la haine. Je suis effondrée. Pour le coup, ma tension en prend à nouveau un coup !
Le TGI rend son verdict le 03 juillet : Mme B. obtient auprès du juge des affaires familiales :
- une mesure d'expertise médico-psychologique des deux enfants et de leurs parents (biologiques, moi qui suit attaquée, je ne suis même pas concernée...)
- d'enjoindre à son ex-mari de "ne jamais laisser les enfants seuls à la garde de Lou Andréa C."
ELLE EST CEPENDANT DEBOUTEE DE SA DEMANDE DE SUSPENSION DU DROIT D'HEBERGEMENT DU PERE ; les droits de visite et d'hébergement sont maintenus pour le père et je peux même PARTIR EN VACANCES AVEC EUX.
Happy End ?
J'ai connu l'humiliation du TGI de Paris lorsque je m'y suis rendue lors de mon changement d'identité ; j'ai connu l'humiliation lorsque je me suis rendue à la Préfecture pour faire changer mes papiers ET JE M'ETAIS PROMISE DE NE JAMAIS PLUS ETRE HUMILIEE PAR QUI QUE CE SOIT !
Vous imaginez vous vivre dans une ville de grande banlieue, vous voire refuser l'accès à certains commerces de cette ville parce que le papa de Mme B. a un poste à responsabilités à la mairie et que la rumeur aidant, mon compagnon "m'aurait ramassée au Bois de Boulogne"... quand ce n'est pas lui qui est accusé de "faire le bois" occasionnellement...
J'aime cet homme plus que tout, j'ai quitté Paris, ma vie parisienne, fait des concessions sur ma vie professionnelle pour être le plus souvent auprès de lui ; j'ai accueilli ses enfants et fait le maximum pour qu'ils ne souffrent pas trop du divorce de leurs parents. Mme B. m'a accusée de vouloir lui prendre l'amour de ses enfants ; de faire d'eux un jour des "homosexuels ou pire encore, des gens comme moi" ( ah, cette conversation sur la terrace d'un café-la seule que nous ayions eûe- il y a trois ans, je ne suis pas prête de l'oublier). Je me suis vue traîtée comme une moins que rien en étalant sur la place publique la fleur de mon secret. Et je vous dépasse certains détails sordides qu'elle a sortis d'on ne sais où sur sa vie sexuelle avec son ex-mari.
Je ne pouvais plus vous écrire parce que toutes mes interventions quelles qu'elles soient ont été rapportées en pièces jointes sur l'assignation en référé devant le juge aux affaires familiales du TGI. Car, pour Mme B., pour ses proches nous sommes toutes des malades, des perverses et nous sommes de nature à perturber la bonne éducation des enfants qui nous seraient éventuellement confiés. NON, JE NE SERAI JAMAIS MAMAM PARCE QUE BIOLOGIQUEMENT PARLANT JE N'EN SUIS PAS CAPABLE, mais tout ce que je sais c'est tout cet amour et cette tendresse que j'ai donnés à Fabrice* et à son frère durant ces trois années. Trois années où elle s'est imiscée dans notre couple, a craché son venin chaque fois qu'elle le pouvait, jeté le doute sur mon intègrité de femme.
Oui, l'hiver fût long et rude. Nous avons attendu une première convocation auprès du psychiatre désigné pour l'expertise médico-psychiatrique. Décembre, janvier, février, mars... 04 mois d'attente. Evidemment, ce n'est pas une affaire "urgente", les enfants ne sont ni battus, ni maltraités et vivent dans un environnement propice à leur épanouissement somme toute plus que convenable avec tout ce qu'un enfant peut espèrer à cet âge en terme d'amour, d'attention et d'éducation pour un avenir serein qui les préservera du besoin.
Dernièrement, le plus petit, Olivier* m'a dit de sa petite voix d'enfant de sept ans : "tu sais, c'est pas le docteur qui va décider si tu restes ou pas, c'est le juge". Comment un enfant en CE1 peut-il tenir de tels propos s'ils ne lui ont pas été suggérés ?
Le 09 avril prochain, le psychiatre oeuvrera et rendra son rapport (quand ?) auprès du Tribunal des Affaires Familiales. Je ne suis pas conviée aux festivités alors que je suis la principale intéressée puisqu'en fonction de son verdict -(je vous rappelle que la mère biologique remet en cause la garde alternée du père, ma présence, à mon propre domicile lorsque les enfants rendent visite à leur père et la possibilité de rester seule en leur compagnie lorsque leur père est absent)- je devrais quitter le domicile lorsque le père aura la garde de ses enfants ; idem lorsqu'il les aura durant les vacances. Et je fais quoi ? Je vais à l'hôtel, je fais place nette. On me met hors de ma maison, comme un pion que l'on déplace sur un échiquier. Un jeu d'échecs certainement !
Ma vie a commencée il y a huit ans. J'ai le droit au bonheur et je ne laisserai jamais rien ni personne me laisser prendre ma part du gâteau. Tout avait tellement bien commencé... nous n'étions que nous deux, mais il n'y avait semble t'il pas de place pour une deuxième femme dans la vie de ces enfants et de leur papa. J'ai mal pour ces deux petits garçons qui vont devoir convaincre, avec leurs mots -ou ceux qu'on aura bien voulu leur faire dire- qui est le gentil et qui est la méchante.
A quelques jours de cette nouvelle "expérience" que je considère de traumatisante et dérangeante, je me demande si j'ai trouvé ma place dans cette famille ? Mon compagnon est un homme admirable et il l'a prouvé en m'accompagnant sur le plateau de Cauet l'hiver dernier ; mais jusqu'à quel point puis-je accepter l'humiliation ? Qu'adviendra t'il lorsque les enfants découvriront la réalité de mon sexe biologique ? (grand sujet de débat pour la mère biologique qui prend la chose TRES au sérieux et se prépare à cette éventualité depuis longtemps déjà !).
Mère, je ne le serai jamais ; belle-mère, je l'ai souhaité plus que tout et j'ai donné beaucoup car ce n'est pas chose facile que de se faire accepter dans une famille après un divorce douloureux. Mais je pense y être arrivée. Fabrice* et Olivier* sont aimants et affectueux et me disent que je suis une "belle-mère rigolotte". Mais il est aussi de mon devoir de ne pas leur faire subir cette traumatisante expérience de l'expertise psychiatrique que leur mère veut leur infliger le 09 avril prochain. J'ai connu les affres des expertises psychiatriques lorsque mes deux familles, paternelles et maternelles se disputaient ma garde à la mort de mes parents. Je sais les dommages que la psychiatrie peut causer à cet âge, et plus tard encore lorsque j'ai changé d'identité !
Mes "petits sushis" (c'est comme cela que je les appelle) ne méritent pas cela. Ils méritent de grandir dans la sérénité, et non dans la haine.
Aujourd'hui, je ne baisse pas les bras, juste le rideau sur notre belle histoire. Mon compagnon et moi-même n'avons plus en commun que les maux quotidiens. Ne s'est elle pas vantée de nous mener la vie dure jusqu'à la majorité des enfants ? Non, c'est fini, finie la comédie. On était pourtant bien partis, éternité garantie et devant nous la route était longue, pas de sens interdit.
Elle a fait de nous deux étrangers qui ne partagent que le quotidien. Elle était pourtant belle notre vie, avec nos cinq chats et notre toutou. J'aimais faire de la balançoire avec Fabrice* et Olivier* et patauger dans la piscine...
C'est une nouvelle vie qui commence. Je refuse de considérer ces trois années comme un échec. Ce fût merveilleux, vraiment.
"Le transsexuel connu" tire sa révérence. Fini le spectacle Mme B. Réjouissez-vous d'enlever à vos deux enfants "une belle-mère rigolotte" et souhaitons leur de trouver une autre belle-mère (et un autre beau-père de votre côté) qui leur apportera amour, chaleur et attention comme je me suis éfforcée de le faire depuis trois ans.
Il n'y avait rien à perdre, mais tout à gagner. Une famille reconstituée heureuse et soudée. Quel gâchis !
"Le transsexuel connu" revendique son droit au bonheur, et je vais y contribuer sans jamais me résigner, jamais.
Et le rideau tombe...
* le prénom des enfants a été changé.
** le psychiatre qui m'a accusée de tentative de suicide a été poursuivi auprès de l'Ordre des Médecins. Il a reconnu ses propos outrageux à mon égard en ces termes : "confusion et erreur malheureuse dans le compte-rendu hospitalier". Le Conseil Départemental de l'Ordre des Médeccins a donc considéré ce dossier comme clos le 16 décembre 2008.
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