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J'ai reçu, il y a quelques temps déjà, un courriel d'un membre de ma famille qui souhaitait rester anonyme (avec une adresse courriel qui va bien) me demandant des photos du "père Colliaux" et de la "tante Madeleine". Le bien nommé "père Colliaux" n'étant autre que mon grand-père paternel, et la "tante Madeleine", ma grand-mère maternelle, tous deux mes tuteurs suite au décès de mes parents le 31 mai 1973. N'ayant plus de nouvelles de ma "famille" depuis bien longtemps, cette demande est donc restée sans réponse. Et puis je ne possède aucune photo de mes grand-parents pour la simple et bonne raison que depuis la mort de mon grand-père en 1998 et de ma grand-mère en 2006, ils ont amené avec eux nos souvenirs communs et j'ai tiré un trait sur les dix années passées sous leur joug ; oh pardon, leur "tutelle". (1973-2003). Je n'ai plus aucun contact avec ma famille, tant paternelle que maternelle, à l'exception d'une petite cousine "à la mode de Bretagne" qui a toujours été présente, malgré la distance et nos emploi du temps.

J'ai été placé sous la tutelle de mes grand-parents paternels en 1973 par la juge des tutelles. La bataille faisait rage entre ma famille paternelle et ma famille maternelle. J'ai peu de souvenirs de mes grand-parents maternels. De vagues souvenirs d'un appartement dans le XVè arrondissement de Paris puis d'une maison perdue dans un village en Normandie. Si j'ai été convié à l'enterrement de ma grand-mère maternelle, je ne l'ai pas été pour le décès de mon grand-père maternel, j'étais devenue persona non grata aux yeux de mon oncle, frère de ma petite maman, suite aux révélations faites dans mon auto-biographie parue en 2001. "Un tissus de mensonges" : non, la vérité, crue. Ils ont eû du mal à l'entendre.

J'ai été émancipé en 1983 à l'âge de 17 ans. Ma vie était devenue un enfer avec un grand-père absent et une grand-mère hystérique. De toute façon, mon grand-père me l'avait dit : "nous avons été mandatés par la juge des tutelles pour t'amener jusqu'à ta majorité et protéger l'héritage de tes parents. Après tu te débrouilles". C'est ce que j'ai fait. J'ai toujours été une personne très indépendante. Je n'ai pu compter que sur moi-même. Pour mes lessons d'anglais comme pour tout le reste. Je me souviens que mon grand-père me faisait réciter mon anglais, il n'y comprenait rien, il faisait semblant. C'est un moment qui m'est cher puisque c'est l'un des seul moment heureux dont je me souvienne. Ma grand-mère, ancienne "surveillante générale des Hôpitaux de Paris", appelée aussi "ma gouvernante" par mon grand-père menait ses proches à la baguette. Je n'ai pas le souvenir d'un câlin, d'un moment de tendresse. J'ai passé ma petite enfance trimballé de psychiatres en médecins en tous genres, j'étais semble t'il très "fragile". Ma grand-mère me disait souvent que j'étais "né sous une mauvaise étoile". Elle me le répètait sans cesse... Ce n'était certes pas faux, mais je n'avais pas envie de l'entendre en permanence. Je me suis rendu compte que j'étais passé à côté de quelque chose lors de la mort de mon grand-père.  Paradoxalement, je le voyais comme une personne méchante, mais c'était un homme de la campagne et les sentiments, ce n'était pas son truc. Nous avons passé des moments magnifiques en forêt, l'hiver à glisser sur les bruyères, et dans la cabane qu'il m'avait construite au fond du jardin. Ce qui ne l'a pas empêché d'empoisonner mon petit chien la veille de mon départ. J'ai retrouvé mon pauvre Bobby dans une boîte en carton, sous le canapé : "comme ça tu ne pourras pas l'amener avec toi". Ce petit chien était toute ma vie. Je l'avais eû peu après la mort de mes parents. Il m'a énormément aidé à surmonter cette perte. C'était mon confident, mon meilleur ami. J'étais bien seul alors. Les enfants de mon quartier m'avait surnommé "l'orphelin"... Je me suis donc rendu-compte de mon erreur lorsque j'ai eû la charge de ma grand-mère. J'avais promis de veiller sur elle, ce que j'ai fait, jusqu'à sa mort. Je n'ai rien à me reprocher. Vous m'avez élevé, j'ai veillé sur vous. Nous sommes donc quittes.

J'ai hérité de mes parents, et je me suis installé à Paris. Dans le quartier Montorgueil puis dans Les Halles. J'ai terminé mes études et je me suis lancé sur le marché du travail. Dans les années 80, il y avait du travail et Pôle Emploi s'appelait l'ANPE. Je n'y ai jamais été bien reçu. Trop éffeminé, trop "gay", trop... Bref, j'ai fait de l'intérim durant quelques années, mais les fins de moi étaient souvent difficiles. Lors de mes errances nocturnes, j'avais remarqué une petite annonce sur la devanture d'un petit théâtre de la rue Saint Denis, le "Théâtre Saint Denis" pour le nommer. Je me suis présenté. Il s'agissait de faire du strip-tease pour messieurs. Le show avait lieu le soir. Nous étions plusieurs garçons. Evidemment, je ne me voyais pas du tout faire cela : le porte-monnaie a eû raison de ma réticence. J'ai été dirigé dans mon show par Mika, une ancienne actrice de films X reconvertie et par Stanislas qui par la suite est devenu un ami très cher. Le régisseur, Rémy m'adorait. Je faisait mon show sur "Ride on time" de Black Box. J'avais mon petit succès. Cela me rapportait un peu et je pouvais payer mes factures et manger à peu près à ma faim. J'attendais dans les loges entre chaque passage, avec les autres garçons et "les filles" qui faisaient des shows dans des cabines privées. Je me souviens de cette fille qui venait avec son petit garçon car elle n'avait personne pour le garder. Je me souviens de tant de choses car c'est une période difficile de ma vie mais durant laquelle j'ai rencontré des personnes merveilleuses, vraies, sincères ; certes tout aussi paumées que moi, mais entières et sans faux-semblant. Nous formions une sorte de "troupe" de show-boys et après le spectacle, nous attendions que ces messieurs soient sortis de la salle pour ne pas être importunés et nous allions manger un morceau ensemble avec le cachet de la soirée. J'étais seul et je n'avais donc de comptes à rendre à personne. Faute de public le show s'est arrêté. Que de souvenirs ! 

Je n'ai aucune honte et je parle volontiers de cette période de ma vie. J'aurais pu finir "micheton" ou prostitué sur les grand-boulevards, mais je n'en ai rien fait. J'ai toujours été très lucide et, puisque personne ne pouvait le faire pour moi, j'ai toujours pris grand soin de moi et je me suis protégé de tout ce qui pouvait être néfaste ou contraire à mes principes. Aujourd'hui encore, je me produis sur quelques scènes parisiennes sous le pseudonyme de "Coco Paimpol", danseuse de pole-dance et Burlesque. Plus dans le petit théâtre de la rue Saint Denis, mais dans des endroits bien plus glamour et confortables pour des messieurs très "comme il faut". Je ne suis pas miséreuse -et encore moins misérable- cependant mon salaire ne me permet pas de m'offrir de petits plaisirs comme de belles vacances, des soirées au restaurant ou de jolis vêtements, mon ex-mari m'ayant laissé des dettes que je dois assumer jusqu'en 2018. Et tout ceci m'amuse tellement. Le vilain petit canard s'est transformé en une belle créature qui se produit dans les plus beaux endroits des nuits parisiennes devant tous ces messieurs qui aimeraient tellement m'avoir à leur bras -au mieux dans leur lit ! Oui chère grand-mère, je suis "né sous une mauvais étoile", mais j'ai utilisé tout ce qui semblait être à mon désavantage pour en faire des atouts et quels atouts !

Je n'ai donc aucuns regrets, je n'en veux à personne. Je pardonne à ma cousine qui m'a dit que ma mère était "une pute" et que je suivais le même chemin qu'elle ; je pardonne à mon cousin qui m'a dit que j'étais une "pièce rapportée qui n'a jamais fait partie intégrante de cette famille" ; je pardonne à ceux qui m'ont laissé tomber en chemin ; ceux qui m'ignorent lorsque je les croise ; ceux qui me toisent parce qu'ils se croient supérieurs ; ceux qui pensent que mon état fait de moi un monstre. Cependant, je ne laisserai rien ni personne se mettre en travers de mon chemin ni me faire du mal. S'il y a bien quelqu'un qui veille sur moi, c'est bien moi !

Comme le disait la môme Piaf : "Use your faults, use your defects ; then you're going to be a star".

 

NOTA : une partie de ce texte est écrite au masculin puisque les faits relatés sont antérieurs à mon changement d'identité en 2001.