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Il aura fallu que j'attende la cinquante pour pouvoir enfin récolter les fruits de mes efforts. 32 années de bons et loyaux services. Dont 23 dans un avion et 21 chez le même employeur. 32 années de cotisations sociales. Toujours à temps plein. Certains de mes collègues me demandent "mais comment fais-tu ?". Je leur réponds que je n'ai pas le choix. Divorcée, sans enfants, mon ex-mari m'ayant laissé des dettes, je n'ai pas d'autre possibilité que de travailler à temps complet. Et pourtant, cela me pèse... je n'ai plus l'âge pour passer plus de 11 heures dans un avion, plus l'âge d'avoir la patience d'entendre les jérémiades de certaines personnes dont la vie semble ne tourner qu'autour de leur petite personne. Fatiguée de devoir faire des concessions, d'accepter parfois à contre-coeur de faire des choses parce que mon porte-monnaie et mon compte en banque ne me donnent pas d'autre choix que de les faire... 

Et là, me voici récompensée de la Médaille du Travail. Une cérémonie comme il se doit, à la mairie de la ville dans laquelle je réside. Un très beau discours d'un élu sur "le droit fondamental au travail" et quelques autres allusions qui m'ont fait penser que ce droit n'est pas donné à tout le monde. Je me retrouve soudain récompensée pour le devoir accompli, une médaille sur le revers de ma veste. "Je suis émue". Ce sont les premiers mots qui me sont venus à l'esprit lorsque cette récompense a été épinglée sur mon vêtement. Et puis tout mon passé m'est revenu à l'esprit. Il a fallu que je me batte pour pouvoir un jour avoir cette distinction. Je n'aurais jamais imaginé, un jour, vivre un tel évènement. Ce que certains prendraient pour une simple démarche a pris, a mes yeux, un sens autre ; et pour cause ! Le vilain petit canard dont personne ne voulait est devenu à la cinquantaine cette femme épanouie, sereine et -presque- heureuse que je suis aujourd'hui. Quand je repense à mon parcours professionnel, semé d'embûches, je me dis que finalement je ne m'en suis pas si mal tirée... mais ce n'est pas encore termné. J'arrive à l'âge fatidique où mon employeur, pour toutes les raisons que l'on connaît ET mon âge, aimerait bien se débarrasser de moi. Je suis arrivée à une période charnière de ma vie : celle des choix, des concessions et des changements. Je sens qu'une belle transformation est en train de naître. Comme un nouveau cycle qui s'enclenche. L'annonce d'un nouveau départ, l'amorce d'un changement. Lequel ? Je ne saurais le dire.

Cette fin d'année aura été pleine de surprises : le New York Times qui me consacre un article dans sa parution du dimanche en décembre, la remise de cette médaille du travail ainsi que quelques personnes que je ne m'attendais pas à rencontrer. Je suis prise dans ce tourbillon comme en 2001 lorsque mon auto-biographie m'a amenée sur tous les plateaux télé, dans les pages de magazine et que ceux qui m'avaient ignorée et traitée comme une impie étaient alors comme pendus à mes lèvres, dans l'expectative de chacune de mes apparitions et de mes interviews. Je n'ai jamais cherché la célébrité ni aucune reconnaissance de quelque manière que ce soit. J'ai juste souhaité être "entendue" dans mon combat. Combat que je n'ai pas mené pour moi (un peu quand même !), mais pour ceux qui m'ont succédée et me succèderont. J'ai été suivie par certains, laissée en chemin par d'autres. J'en resors vivante et bien plus forte encore. Plus qu'un discours militant, c'est un discours d'espoir que je souhaite laisser derrière moi. Vous avez des convictions ?  Menez les jusqu'au bout. Peu de gens en sont capables. Et ceux qui vous maltraitent, vous méprisent, vous ignorent, laissez les sur le bas côté de la route : un jour où l'autre la vie le leur rendra... au centuple. Cela s'est avéré vrai dans mon cas.

15 années se sont écoulées depuis le début de mon histoire. Que de chemin parcouru... et aujourd'hui une médaille ! Qui l'eût cru ? Ne désespérez jamais, ne laissez jamais les autres vous mettre à terre. La vie est un combat. Tu te bats ou tu te fais bouffer. J'ai choisi le combat plutôt que la défaite. Je ne sais pas combien d'années il me reste à vivre, mais je sais que jamais je ne baisserai les bras et si je suis un exemple pour certains d'entre vous, j'en retire une grande fierté, avec certes beaucoup d'humilité.

N'abandonnez jamais.