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"Alone" est le titre d'une chanson d'un groupe de rock féminin des années 80, "Heart". J'ai découvert ce groupe il y a une vingtaine d'années, avec un autre titre, très avocateur également, "If look could kill". C'est aussi pour moi le souvenir d'une belle rencontre, de promenades autour du lac d'Enghein-les-bains et de papillottes de saumon aux petits légumes. Bref.

C'est le moment des souvenirs. 51 ans. On regarde devant soi. Derrière soi, on se demande comment on en est arrivé là. C'est abyssale ! Un demi siècle. Trois vies. Et des aventures à n'en plus finir. Mon grand-père maternel dont j'ai été séparée en raison de querelles familiales me disait un jour, le peu de fois où il m'a été permis de le voir : "il faut se faire de beaux souvenirs car quand on vieillit, ils aident à vivre". Il n'avait pas tort. Cependant, il ne faut pas vivre dans le passé ni s'y accrocher, mais parfois c'est tellement confortable. Le souvenir d'une rencontre, d'une étreinte, d'un dîner, de rires autour d'une table, d'un voyage, de paysages lointains, d'anecdotes... surtout lorsque l'on se sent terriblement "seule", "Alone".

J'ai apprivoisé la solitude depuis mon divorce en 2013. Il y a une différence entre la "solitude" et l'"isolement" même si, vivant en grande banlieue, je dirai que je me sens parfois "isolée". Je suis une parisienne née, alors Paris aura toujours dans mon coeur une place très privilégiée. La solitude, c'est se dire que l'on est certes entourée, mais que certains moments sont plus pesants à vivre que d'autres, voir à appréhender. Un problème de santé, un imprévu, une envie soudaine de se sentir soutenue, aimée, désirée, choyée. Et là, vous vous prenez la solitude en pleine figure. Quoi que si je me penche sur mon passé, même mariée avec deux enfants, je me suis sentie parfois bien seule, voir isolée.

La solitude est un phénomène nouveau pour moi. J'ai toujours été très entourée, aimée, adulée même parfois. Mais ça, c'était il y a longtemps ! Un proche me disait dernièrement que je n'étais pas un cas "désespéré" : "tu es une belle femme, pétillante, drôle, tu as un bon boulot". Certes, mais cela ne fait pas tout. Etre le porte-drapeau de toute une communauté, une exemple de réussite pour certains, ne fait pas de moi pour autant une femme qui croûle sous les demandes de rencontres et l'âge aidant -et je le constate dans mon entourage- une femme de 50 ans a bien moins de chance de refaire sa vie qu'une femme de moins de 30 ans. Qu'on se le dise. J'ai tenté de me "rapprocher" de la gente masculine. Ces messieurs ne voient en moi qu'un fantasme, une créature fantasmagorique. "Une image de magazine sur qui on éjacule" disait Stella Spotlight dans Starmania (pour ceux qui connaissent cette magnifique comédie musicale de Michel Berger et Luc Plamandon). "Coucher" ne semble pas être un problème pour les femmes de mon "genre". Mais garder un compagnon de vie semble mission impossible. J'ai essayé les sites de rencontres ; les soirées privées, les blind-date organisés par des amis qui "avaient-quelqu'un-de-super-à-me-présenter". Au secours ! Quant à mon univers professionnel, j'ai déjà du mal à me faire accepter en tant que personne, alors en tant que potentielle femme célibataire à la recherche d'un compagnon, c'est inimaginable.

Lorsque je dis que j'ai apprivoisé ma solitude, j'entends que je la gère. Tant bien que mal. Rien ne peut remplacer une étreinte, un baiser, la chaleur d'un corps contre le vôtre. N'y voyez rien de sexuel, juste quelque chose de charnel. Un contact, tout simplement. J'ai fort heureusement suffisamment de caractère pour ne pas m'apesantir sur mon sort et toujours trouver le moyen de rebondir... dans la vraie vie, celle de tous les jours ; mais dans ma vie privée, lorsque je ferme la porte de mon appart'hôtel derrière moi, je me dis qu'une présence, indépendemment de celle de mon compagnon à quatre pattes, serait la bienvenue. Même si mon Jack Russel est d'un énorme soutien moral. Son Amour est sans faille, ses yeux ne me jugent ni ne mentent jamais et l'affection qu'il m'apporte m'est bien plus chère qu'une escapade d'un soir avec un inconnu qui ne me laissera que des regrets, de l'amertume et des larmes. J'en ai fait dernièrement l'expérience...

Je ne suis pas passée non plus par les travers de la "consommatrice compulsive". Même si je donne l'image d'une femme un peu "bourgeoise" et très distinguée, je dirais que je vis "chichement". Je fais preuve d'une grande abnégation dans ma vie quotidienne. Il n'y a pas de place pour les personnes qui n'en valent pas la peine ; j'ai appris bien malgré moi à me méfier des prédateurs potentiels et je m'en éloigne bien vite. Avoir été confrontée à un pervers narcissique m'a donnée toute l'amplitude à les détecter dès les premières minutes et je fuis à grands pas. J'ai compris que je n'étais pas une "femme comme les autres", de part mon passé, de part ma manière à appréhender les choses, les évènements, à les gérer, à donner des réponses à d'éventuels personnes qui se mettraient en travers de mon chemin. Je me sens comme une vestale, invinscible parfois. Mais cette solitude, qu'elle me pèse !

Il n'y a jamais vraiment eû beaucooup d'Amour autour de moi. J'ai peu de souvenirs de mes parents. Les souvenirs de mes tuteurs sont bien pire encore. Ma famille : quelle famille (et pas seulement parce qu'elle était absente, mais aussi parce que cette famille ne semblait pas être la mienne). Alors je sais peu de choses de l'Amour avec un grand "A". J'ai été aimée, j'en suis certaine, par deux personnes au moins : Marc* et probablement un peu par l'homme avec lequel j'ai partagé un temps ma vie avant mon mariage. Quand je regarde autour de moi, tous sont en instance de divorce. Des divorces "à l'amiable" (comme le mien) et qui tournent au cauchemar. L'argent, le fric, les pèpètes... plus rien ne compte et les sentiments sont bien vites remplacés par l'appât du gain, de ce que l'on va bien pouvoir soutirer de l'autre lors de cette séparation. Et je sais de quoi je parle !

Alors celui qui chantait : "la solitude ça n'existe pas" était un menteur ou alors il se voilait la face parce qu'il ne voulait pas voir la réalité. Car la solitude est insidieuse. Vous rentrez d'un dîner, heureuse de ces instants partagés, et la porte de votre appartement se ferme derrière vous, vous accomplissez les gestes du quotidien et votre lit vous semble bien vide. Une présence, la chaleur de l'autre, des carresses, un baiser, quelques mots échangés, cela semble peu, mais c'est vital. Parce que l'homme n'est pas fait pour vivre seul. Après le 1 il y a le 2 et les chiffres sont faits pour s'additionner. On ne peut pas demeurer "1" jusque la fin de ses jours.

J'ai suivi ma tutrice jusqu'à sa mort. Pour le coup, elle a vécu la solitude lorsque son époux est décédé et l'isolement de la maison de retraite au fin fond de l'Yonne. Et voyez vous, même si je n'ai pas toujours été en accord avec mes tuteurs, je prends maintenant l'ampleur de ce que pourraît être ma vie dans les 20 années à venir : finir seule, éloignée de tout, dans une maison de retraite paumée au fin fond de je ne sais où. Et encore, elle a pu s'offrir ce "luxe" de la maison de retraite grâce à sa pension, mais qu'en sera t'il de moi dans 20 ans à l'allure où vont les choses ? Car aujourd'hui tout semble si fragile. Cet équilibre que j'ai connu il y a 30 ans n'a plus sa place. Tout peut basculer d'un jour à l'autre. Et la solitude ? Puis-je la rompre ? Comment ? Il y a forcément dans cette vie un homme, une personne, quelque part. Cela fait 25 ans que je parcours le monde et je n'ai pas encore trouvé cette personne. Mon ex-mari était un pis-aller, une relation "à l'amiable" qui n'a durée qu'un temps, mais ce n'était pas l'homme de ma vie. D'ailleurs je me demande toujours si je l'ai réellement aimé. Simplement m'a t'il donné la sensation que je ne vieillirai pas seule...

Alors je l'attends, cet être qui saura m'aimer, m'apprécier pour ce que je suis, avec mon passé, mon caractère, mes certitudes et mes doutes. Mais de grâce monsieur, ne me chantez plus "la solitude ça n'existe pas". Vous mentez !

 

* in "Carnet de Bord d'Un Steward Devenu Hôtesse de l'Air".