guerir_coeur_brise

Il y a, dans la vie, des chansons qui vous touchent plus que d'autres. Par exemple, Adèle, "Someone like you" pour ma part. Puis il y a Balavoine, Barbara, des textes de Prévert, Cher ou Céline Dion. Mes goûts sont très éclectiques... Le titre de ce post est issu d'une chanson de Balavoine.

C'est ce qui m'amène à ces quelques lignes. Je ments souvent sur mon âge. Après tout, on me donne dix ans de moins. Alors j'avance fièrement 42 ans au lieu de mes 52. Honte à moi ? Non, j'assume. Je suis une femme qui s'entretient, qui s'inflige un régime alimentaire équilibré, une hygiène de vie aussi digne d'une sportive de haut niveau. Pas étonnant que je me fasse des ennemiEs... Madame B. ou plus récemment, ma collègue, Madame G... Ah, la jalousie féminine. Parce qu'après mûres réflexions, et un passage -presque- obligé auprès de la médecine du travail, force est de constater que Madame G. dont le mari m'a prise pour un travesti n'avait d'autre dessein que de me blesser. La pauvresse. Bref.

Je lisais dernièrement un article fort intéressant dans un magazine canadien. Le sujet principal était le suivant : "La fétichisation et la honte liée à l’attirance sexuelle envers les personnes transsexuelles exacerbent les réactions violentes à leur égard". Et nous en revenons toujours à la même question : y'a t'il un "public" pour les femmes ayant suivi un parcours transsexuel ? Je donnais dernièrment une interview pour un magazine dont le sujet principal est la sexualité. Le journaliste me demande : "quelle est la différence entre "transsexuel" et "transgenre" ?" et me voilà repartie dans mes explications. Je connais mon discours quasiment par coeur et à force d'exemples "concrets", j'arrive à faire entendre à mes interlocuteurs que je ne suis pas une personne "transsexuel" mais une personne "ayant suivi un parcours transsexuel" et qu'au 1er avril 2001 je suis FEMME. J'avais cette même conversation il y a peu avec une amie, trsè impliquée dans "la cause" qui me disait ne plus trop savoir qui était qui : transgente, cisgenre, intersexué et j'en passe. La question n'est pas là. Vous vous situez où ? Même si le codage de notre société est binaire, 1 et 2, vous devez bien vous situer quelques part, mais pas entre le 1,5 et le 2 trois quart -sourire-. Le militantisme est une chose, je défendrai toujours la cause de ma communauté, mais jusqu'à quel point ? Je veux bien me battre pour une cause que je connais est qui m'est propre, mais pour les autres ?

Peu de temps avant qu'elle ne nous quitte, Coccinelle et moi avions eu une conversation téléphonique. Elle me demandait de reprendre le flambeau. Qu'elle s'était battue à son époque, et qu'il fallait qu'une personne prenne la relève. Ce que j'ai fait durant de longues années. 17 au total. Mais les choses ont évolué, tout comme ce fût le cas du temps de Coccinelle ou de Marie-Pierre Pruvost (Bambi).

Revenons donc à cet article canadien fort intéressant. En cela, la presse anglo-saxonne, américaine, canadienne est très intéressante car elle aborde des sujets que nous, pauvres français, bien en retard sur le sujet, n'osons même pas frôler de peur de traumatiser ou de heurter les personnes dites "bien pensantes". Alors ma réponse est la suivante :"oui". Les hommes attirés par les personnes "comme moi" culpabilisent et peuvent aller jusqu'à des actes de violence à notre égard. Je l'ai dit à maintes reprises, être attiré par une personne "ayant suivi un parcours transsexuel" ne fait pas d'un homme un homosexuel ou un pervers (quoi que...). Des pervers, j'en ai rencontrés. Des hypocrites friands de personnes du "troisième sexe" (entendez "non opérées") qui sollicitent des pratiques sexuelles comme la sodomie sous couvert d'une pseudo "féminité" de la personne et qui les déleste de toute culpabilité. Et c'est de cela dont nous souffrons nous autres. Il n'y a qu'à regarder le regard accusateur de certaines personnes (qui ont connaissance de ma situation) lorsque j'arrive accompagnée d'un homme. Il y a quelques années, j'ai eu une très belle relation avec un collègue. Nous devions nous cacher au sein même de notre entreprise. Pour finir, nous avons mis fin à notre relation du fait de sa hiérarchie qui lui a fait comprendre que s'il poursuivant sa relation avec moi, sa carrière serait quelque peu "ralentie" (pour ne pas dire réduite à néant). Tout comme la mienne d'ailleurs !

Avoir un rapport ou une relation avec une personne "comme moi" semble être un pari, quelque chose de sacré, la quintessence de l'interdit. Je le vois souvent dans le regard des hommes. Je suis une personne médiatique et fortement médiatisée. Un personnage emblématique de la communauté que je représente. Il n'y a qu'à faire une recherche sur Google ou autre me concernant pour s'en rendre compte. Mon secret n'en est plus un, pour personne. Je l'assume. Mais je défie quiconque de porter atteinte à mon intégrité physique et mentale au prétexte que je suis "une femme comme ça". Je pleure lorsque je lis dans les médias qu'une femme a été assassinée sur un lieu de prostitution, tuée de sang froid alors qu'elle pratiquait une fellation sur un client par 7 coups de couteaux et retrouvée le lendemain matin. Je pleure lorsque je vois des photos de ces femmes battues à mort parce que trans (j'ai été moi-même victime de violences conjugales et je sais ce que cela représente). J'ai envie d'hurler devant l'hypocrisie de certaines personnes qui, au prétexte de leur statut social réfutent n'avoir jamais eu une relation quelle qu'elle soit avec une travailleuse du sexe trans...

Oui, nous sommes victimes, oui nous sommes stygmatisées, oui nous avons des afficionados qui n'avouerons jamais leur attirance pour les femmes "comme nous". Mais qui, un jour, aura le courage d'avouer qu'il aime une personne "comme moi" ? Non parce qu'elle est "ce qu'elle a été", mais pour ce qu'elle est au présent, dans sa personnalité, dans sa féminité, dans son genre ? J'ai "aimé", mais je doute de ne l'avoir jamais été en retour.

Aujourd'hui je peux vous le dire, en toute honnêteté, en toute sincérité : non mesdames, vous ne serez jamais aimées pour ce que vous êtes, mais pour ce que vous avez été et ce que vous représentez. Pardonnez moi ce triste constat. Ne nous mentons pas plus longtemps.