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Ma charmante collègue pensait m'avoir atteinte (in : "Y'a t'il un travesti dans l'avion)  et je dois dire qu'elle a bien failli arriver à ses fins. Son pauvre mari, choqué par ma personne alors qu'il se trouvait à mon bord m'a trouvée "choquante". Pourtant, il travaille dans le domaine de la mode, alors des gens "comme ça", il en fréquente tous les jours, mais des gens "comme moi", il n'en avait jamais vu... Oui, choqué le pauvre monsieur. Je vous fais l'impasse sur la médiation. Elle a craché son venin. Je me le suis pris en pleine face. Mais je suis restée digne, je n'ai pas failli, j'ai écouté sans rien dire. Polie, courtoise et d'un calme olympien. J'ai encaissé une fois de plus. Mais plus que les autres fois, je dirai que ce fût d'une violence inouïe, voir extrême. Cette femme a remis en cause, en quelques mots et moins d'une heure, ce que j'ai mis des années à contruire : moi. A l'issue de cette médiation, je doutais de tout. De moi, de ma féminité, de mon positionnement, de mon "passing". Elle avait atteint ma dignité et mon intégrité de femme en la remettant en question. Elle aurait presque réussi si quelques personnes bien intentionnées et dans le secret de la confidence ne m'avaient fait remarquer que j'étais très "enviée". Forcément : grande, jolie, médiatique et médiatisée, il en faut peu pour devenir une cible. Surtout de la part de personnes dont on voit derechef qu'elles sont mal dans leur peau. Mon assurance, ma féminité exacerbée rendent jaloux.

Pourtant, dans la même période, j'étais sollicitée pour une interview dans un magazine de charme dont je tairai le nom. Il s'agissait de passer en revue les 24 heures de ma journée, du lever au coucher. "24 heures collés aux fesses de..." Il s'avère que le journaliste m'avait déjà interviewée quelques années auparavant et je me suis sentie tout de suite en confiance. Rendez-vous fût donc pris. Quelques jolies photos, un petit tour dans mon book de presse pour piocher ici et là quelques photos susceptible d'étayer le sujet : "24 heures collés aux fesses d'Andréa Colliaux". Lecture, relecture, accord des photographes et l'article parût pour le numéro de novembre/décembre 2017. Sans une certaine appréhension cependant puisque j'acceptais, pour la première fois, de poser nue. Je ne voulais rien de vulgaire, pas de nu de face, juste quelque chose de "beau" que le lecteur aie plaisir à regarder. ma trans-identité n'est mentionnée qu'à un seul moment de l'interview, en quelques mots seulement : "elle avait défié la chronique en 2001 en devenant la première hôtesse de l'air transsexuelle". "Tout est dit" aurait rétorqué la directrice artistique de mon éditeur. Simple, en quelques mots et on passe à autre chose. 

Cependant, j'étais toujours dans le doute des attaques de ma collègue. J'ai sollicité mes amis proches. Enchaîné les shootings photo afin de me "rassurer" sur ma féminité, sur l'image que les gens avaient de moi. Mais rien n'y faisait. J'ai même sollicité le Dr Bui qui m'avait remodelé le visage en 2002 : "pourquoi vouloir toucher à un aussi beau visage" ? Petit à petit, j'ai repris confiance en moi. J'ai compris que je ne devais rien attendre d'une médiation qui n'était qu'une masquarade, au même titre que la commission Qualité de Vie au travail & Risques Psycho-Sociaux qui s'était tenue en avril 2017 suite à ma grève de la faim. J'avais -enfin- ouvert les yeux et compris que je n'avais rien à attendre de ces gens. Aucune compassion, aucunes excuses, mais du mépris oui ! Durant cette même période, je recevais la réponse du magistrat suite à ma plainte. Affaire classée sans suite au motif suivant : "infraction insuffisamment caractérisée". Sur le moment, je l'avoue, j'aurais voulu laisser éclater ma colère. Même pas. Après tout, ce n'était pas la première fois que je me faisais agresser verbalement par un collègue, mais l'âge aidant, je suis de moins en moins tolérante et compréhensive (si tant est que l'on puisse comprendre ce type de comportement).

J'ai repensé à cette femme. J'ai ressassé ce que l'on m'avait dit. Oui, elle était foncièrement malheureuse, étriquée dans sa petite vie bien rangée avec mari et enfants. C'est elle qui était à plaindre et pas moi. C'était de l'envie, de la jalousie au regard de la femme que je suis devenue : une femme libre et libérée, qui assume ses choix de vie seule contre tous et qui n'a rien à devoir à personne. Une femme dont la féminité exacerbée fait beaucoup de jaloux, d'envieux, de malheureux/ses probablement aussi. Oh, n'y voyez aucune vantardise, mais on m'a tant de fois rabaissée que parfois, cela fait un bien fou de ses dire que l'on peut être enviée, jalousée. Alors j'ai pris ma plume et j'ai écrit au magistrat. Je lui ai demande de m'exprimer clairement les raison de ce "classement sans suite" car pour moi, l'infraction est bien caractérisée ! J'aurais 52 ans dans quelques mois et je pense que cette "affaire" était l"affaire de trop". Je n'en resterai donc pas là et le gentil magistrat a tout intérêt à bien choisir les mots qu'il va utiliser pour m'exprimer son refus. Dont acte.

J'ai reçu un exemplaire dudit magazine. Je l'ai feuilleté, non sans une certaine fierté. J'avais posé NUE. Non que j'aie quelque problème par rapport à mon corps, je l'aime et il me le rend bien -sourire- mais j'avais une certaine appréhension par rapport au regard des gens. Je me souviens d'une photo de nue de mon amie Eva Robbins où les lecteurs essayaient par tous les moyens de détecter une once de masculinité (ou de ce qui pouvait en rester) sur ledit cliché. C'est ce qui m'importait le plus, le regard que les gens allaient poser sur ma nudité, sur ma plastique. J'ai très vite été rassurée. J'ai de nouveau sollicité mes amis, hommes et femmes. Je n'avais rien à prouver à qui que ce soit, et encore moins à moi-même. Je suis Andréa, avec ce petit "je-ne-sais-quoi" qui la différencie des autres femmes mais qui fait tout son charme et sa personnalité. Tellement de personnes n'en ont pas, de personnalité !. Ce qui fait qu'on puisse l'aimer ou la détester, l'apprécier ou la mépriser, l'envier ou s'en foutre mieux encore.

Le plus beau compliment que l'on m'aie fait vient du chanteur Gilbert Montagné lors d'une émission de Mireille Dumas. Pour mémoire, cet artiste est non voyant et ne sachant pas qui j'étais il m'a dit à la fin de l'émission : "quoi que puissent en penser les personnes voyantes, ce que moi j'entends, c'est bien la voie d'une femme". 

Et mon amie Danièle qui m'a dit un jour : "tu es une femme, libre et libérée".

Et dire qu'elle voulait faire de ma vie un enfer...

 

 

 

 

Crédit photo : Thémis Iakovakis.