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Ma supérieure hiérarchique, qui a elle-même une supérieure hiérarchique, qui a elle-même une supérieure hiérarchique etc etc... car oui, à Air Trans, vous avez toujours quelqu'un au dessus de vous quand vous êtes au bas de l'échelle. Ce qui est mon cas. Je suis en première ligne, au contacte de la clientèle, mais au dessus de moi, il y a toujours une "supérieure hiérarchique qui a elle même une supérieure hiérarchique qui, qui, qui"... Et ces gens là décident pour vous, de tout -ou presque.

Dernièrement, je me suis insurgée contre le comportement quelque peu outrancier de ma "supérieure hiérarchique qui..." et sa "supérieure hiérarchique qui..." m'a répondu : "dans la vie, on ne choisit pas toujours tout". Je lui ai alors répondu, fort courtoisement (attention aux sanctions disciplinaires) que non, justement, j'avais toujours tout choisi dans ma vie. Mes revendications sont donc restées lettre morte et je dois subir depuis plusieurs mois déjà les affres d'une "responsable hiérarchique qui..." ne s'offusque pas de faire pleurer une femme de 52 ans pour des broutilles. Car oui, à Air Trans, on applique le management "par la terreur". Chacun de vos faits et gestes est analysé, reporté dans votre dossier sans que vous n'ayez la possibilité de vous exprimer, voir de vous défendre sans avoir recours à un délégué du personnel. Et, quand bien même puissiez vous être dans votre bon droit, leur parole fait foi.

Prenons l'exemple de Mme G. et des ses deux agressions (cf. "Y'a t'il un travesti dans l'avion"). Me croiriez-vous si je vous disait que la plainte a été rejettée par le tribunal de Bobigny (bon, au vu de ce qui se passe à Bobigny, on peut comprendre qu'une hôtesse qui agresse verbalement par deux vois sa collègue, la plainte passe à la trappe...). Mais, pis encore, cette charmante Mme G. n'a, à aucun moment été inquiétée par sa "hiérarchie qui...". Et après 10 mois d'échanges de courriers entre avocats, délégués du personnel, une médiation, une alerte auprès du CHSCT, rien n'a été fait. Parce que, comme je vous le disais, "la supérieure hiérarchique qui..." a toujours raison. D'ailleurs, Madame G. forte de sa "supériorité" officie toujours dans les avions de la flotte Air Trans et ce en toute impunité.

J'ai multiplié ces derniers mois mes apparitions, dans des manifestations telles que la "Journée Mondiale de Luttre Contre le Sida", le "Forum des Associations" et suite à de multiples pourparlers, je suis enfin redevenue officiellement la marraine de l'association LGBT d'Air Trans, "Personn'Ailes". J'ai multiplié les échanges, les contacts avec diverses associations, membres du gouvernement, médias afin de les alerter sur les difficultés rencontrées par les personnes trans dans le milieu du travail. Ne voyez pas dans mes écrits un jugement hâtif de la politique de Mr Macron, ni même un positionnement quel qu'il soit. Cependant, force est de constater que les personnes les plus vulnérables, dont les membres de la communauté trans, seront en première ligne lors de licenciements, plans de départ volontaire et autres actions mises en place par ledit gouvernement.

Dans mon entreprise, on me présente comme "le porte drapeau de toute une communauté" ou encore comme "un personnage emblématique de cette entreprise". Pourtant croyez moi, je n'ai rien fait pour. Si ce n'est, peut-être, être à l'origine de la mise-en-place d'actions favorisant à ré-intégrer des personnes qui ont fait le même choix que moi en évitant les dérives et les erreurs que j'ai du essuyer il y a 18 ans maintenant... et dont je suis toujours victime. Certes, la médiatisation que j'ai souhaitée, je l'avoue, n'a rien arrangé à mon statut dans cette entreprise : évolution de carrière, visibilité, acceptation, écoute... alors je m'adapte aux personnes et aux situations auxquelles je suis confrontée sans que jamais personne ne s'inquiète de savoir si je m'épanouis dans mon travail, si j'ai des velléités d'évolution de carrière (à trois ans de la retraite, il serait temps...). Rien de tout cela. Cependant, "ma supérieure hiérarchique qui..." s'éfforce de vouloir me faire croire le contraire.

J'ai parfois la sensation d'être dans une pièce de la Comedia dell'Arte. Et je ris de voir à quel point l'être humain peut-être hypocrite et vil ! Je ris de voir les stratagèmes mis en place pour me faire croire que j'ai effectivement ma place dans l'entreprise, que je suis entendue, soutenue alors qu'il n'en est rien. Paradoxalement, cela me convient. Après tout, si cela les amuse de "jouer", alors "jouons" à qui sera le plus hypocrite et à qui sera le plus vil, le plus mesquin. J'ai beau me dire que je travaille pour payer mon loyer, mes factures, et quelques petits plaisirs (ils sont rares de nos jours), je pense cependant à mon avenir, à ma retraite, à mes vieux jours. Depuis le décès de mes parents il y aura bientôt 45 ans (31 mai 1973), je n'ai eu de cesse de me concentrer sur mon devenir. Et ce que je suis devenue aujourd'hui, je ne le dois ni à mes tuteurs, ni à ma famille (ai-je jamais eu une famille ?). Je ne le dois qu'à moi. Alors quand "ma supérieure hiérarchique qui..." me dit que "dans la vie, on ne choisit pas toujours tout..." je lui réponds par la négative car, dans ma vie, j'ai toujours tout choisi. J'ai osé faire ses choix, à ma manière, en empruntant -et en écoutant- le chemin de ma singuliarité. Et, je ne cesserai jamais de mettre en avant ma singuliarité, parce que c'est moi. Je me suis construite, et ce que je suis aujourd'hui, je ne le dois qu'à moi et rien ni personne ne m'empêchera, jamais, d'être ce que je suis et d'évoluer à ma guise.

J'ai tant de fois été humiliée, rabaissée, mise à l'écart, traitée comme une marchandise "négligeable" qu'aujourd'hui, l'âge et l'expérience aidant, je dis "non". Et comme le dit si bien Harvey Fierstein dans le film culte "Torch Song Trilogy", je cite : "je veux de l'Amour et du Respect. Si vous êtes incapables de m'en donner, vous n'avez rien à faire dans ma vie".

Dont acte.