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Il y a des jours "avec" et des jours "sans". Il faudrait ne pas être humaine pour avoir une vie linéaire dans le sens où il ne se passerait rien et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ce qui n'en est rien... Doit on s'arrêter de vivre par peur de se faire planter dans la rue par un djihadiste hysterique qui préfère donner la mort plutôt que de célébrer la vie ? Doit on travailler pour vivre ou vivre pour travailler ? (au vu des récents évènements dans mon entreprise, je me le demande...). Doit on se cacher de peur d'être démasqués et stigmatisés, c'est déjà fait ! Pour vivre heureux, doit on vivre cachés ? 

Bien justement, ma réponse est NON. Je rentrais hier au soir d'un dîner parisien en compagnie d'un ami très cher, et nous devisions sur la société dans laquelle nous vivions actuellement. Tout semble partir à vau-l'eau. Nous parlions de choses et d'autres, de sentiments que nous pouvions éprouver, comme la haine ou la compassion. Je ne suis pas haineuse. L'ai-je jamais été ? Et pourtant, j'ai mille et une raisons d'éprouver un sentiment comme celui-là. Un peu plus tôt dans la journée, je rendais visite à une proche, hospitalisée, gravement malade. Tout cela m'a donc donné matière à réfléchir. Quel est le sens de cette vie ? Le périphérique étant fermé, l'autoroute tout autant, nous avons donc eû le temps de "refaire le monde". Triste monde... Revenir sur des évènements vécus, ou d'autres à venir qui s'avèreront difficiles. On ne peut pas présager du futur, mais faire un bilan sur le passé, oui ! Grossière erreur. On ne devrait jamais revenir sur les choses du passé, quand bien même nous eûtes elles blessée au plus profond de notre être. Je ne reviendrai donc pas sur le mien... ce serait long et fastidieux. Et puis je pense en avoir fait le tour même si, j'avoue parfois me poser des questions sur ledit passé et ce questionnement semble ne jamais vouloir me quitter. La mort de mes parents, les 10 années passées chez me tuteurs qui me semblent, a posteriori, avoir durées une éternité comparé aux années qui s'en suivirent. Le bilan/constat est toujours le même : comment ai-je survécu à tout cela ? D'autant que je ne suis plus la seule à me poser cette question. Beaucoup de personnes, dans mon entourage personnel (voir professionnel) se posent cette même et sempiternelle question.

Je ne saurais quoi vous répondre ? Je suis une survivante et je pense que lorsque l'on a vu mourir ses parents sous ses propres yeux, dans des douleurs et des conditions aussi atroces qu'un accident de la ciruclation, on survit -presque- à tout. Surtout à la connerie humaine ! Tenez, par exemple. L'autre soir, je me trouvais dans une endroit chic et fort prisé de la capitale pour prendre un verre. C'était ce que je qualifierai de "jour sans". La grisaille ambiante, la dernière attaque au couteau sur les grands boulevards, les grèves à répétition, le prix de l'essence etc... Me voici donc dans cet endroit divin pour prendre un verre, écouter de la musique, danser, oublier un temps les turpitudes de la vie. Je passais un moment absolument délicieux qui me faisait oublier, un temps, les évènements ci plus avant énoncés. Une femme, jeune, s'avance vers moi et me lance derechef : "vous êtes une trans ou une femme". Coupe de champagne à la main, je ne m'offusque pas de sa question". A peine le temps de répondre, elle poursuit : "parce que je cotoie beaucoup de trans, dans le milieu gay. Vous êtes grande, très belle, et vous semblez libre et totalement libérée vis-à-vis de votre corps". Elle s'inquiète tout de même de savoir si sa question me vexe. "Nullement" lui répondis-je. Et je poursuis : "alors selon vous, une femme grande, belle et qui s'assume est forcément une trans". Elle balbutie, ne sait plus quoi dire, se répand en excuses de toutes sortes. S'enlise et je fulmine ! Elle me dit venir d'Iran, séjourne à Paris et "s'amuse follement" (oh, quelle surprise !) et avoue avoir rarement vu une femme aussi à l'aise avec son corps. Entendez que ma tenue n'avait rien d'indécente. Une robe de soie noire, une paire de Louboutin modèle "Pigalle" et un chignon boule absolument parfait. Bree van de Kamp n'aurait pas fait mieux ! Perdue dans cette nuit-attitude, j'étais de la fête et rien ni personne ne pouvait venir assombrir ces quelques heures d'errances nocturnes que j'avais décidé de m'octroyer.

Donc, si je comprends -quoi que difficilement- l'analyse faite par cette femme : une femme grande, belle, libre et libérée est à fortiori une femme trans... c'est un peu réducteur. Cependant, force est de constater que beaucoup de femmes, grandes, belles, libres et libérées sont confrontées à cette situation. Je partageais dernièrement un vol avec une collègue née "biologiquement femme" qui m'avouait qu'elle même avait été traitée de travesti par quelques guapos dans la rue parce qu'elle sortait du lot de la "femme-telle-qu'elle-devrait-être". C'est tellement réducteur. Bref. Ma coupe de champagne à la main, j'ai pris un malin plaisir à voir cette femme s'enliser dans son dégueuli verbiale jusqu'à ce que le barman vienne me demander si cette dame ne m'importunait pas. Il faut que je vous fasse une confidence : malgré mes 52 ans, mon passé et toute cette médiatisation, JAMAIS le monde de la nuit, quel qu'il soit, ne m'a refusé l'accès à quelque établissement que ce soit. Si, un peut-être. Une discothèque proche du Palais-Royal majoritairement fréquentée par une clientèle gay. Le portier qui me connaissait fort bien m'a claqué la porte au nez en me disant : "tu as choisi ton camps, tu n'as plus rien à faire ici". Ce qui n'était pas faux. Donc, les hauts lieux de la nuit parisienne m'ouvrent leurs portes, quelle que soit leur orientation, homo ou hétéro. Bar, club, discothèque je suis de toutes les soirées sans jamais avoir été rejettée ou jugée pour ce que je suis.

Je prends le barman à parti et lui fais part de la question que vient de me poser cette femme et de son analyse. Il s'empresse d'aller chercher la "physio" (la dame à la porte qui vous refuse l'accès plus souvent qu'elle ne l'accepte si vous ne faites pas partie ds "happy few"). Sans commentaire aucun, elle invite cette jeune femme et son compagnon, qui ne pipe pas mot, à se diriger vers le vestiaire, règler leurs consommations et "prendre la porte" en leur signifiant qu'ils n'étaient plus les bienvenus et que l'accès leur serait refusé s'ils se présentaient de nouveau à la porte de son établissement. Fin de l'histoire.

J'ai récupéré mon véhicule auprès du voiturier et j'ai recouvré mon domicile. Je n'ai éprouvé aucune empathie pour cette femme. Son analyse était tellement réductrice et, comment, peut-on se permettre de demander à une femme si elle est née biologiquement femme ou si elle est trans. Cela ne me viendrait même pas à l'idée... "Bonjour madame, vous êtes vaginale ou clitoridienne" ? On marche sur la tête. J'ai repris la route, Paris défilait sous mes yeux éblouis. Le dernier album de Lisa Stansfield en fond sonore. 

C'était mon errance nocturne, à moi. Paris sera toujours Paris, les ignorants le seront toujours. Mais rien ni personne ne pourra m'ôter cette folle et furieuse envie de vivre.